ART | EXPO

Joseph Aloïs Schumpeter

06 Avr - 11 Mai 2008
Vernissage le 05 Avr 2008

Oui empunte le titre de son exposition au célèbre économiste Jospeh Aloïs Schumpeter pour analyser, au travers d’une large sélection d’artistes, les rapports actuels entre pratique artistique et pensée économique.

Amandine Artaud, Gilles Balmet, Guillaume Brissaud, Maurizio Cattelan, Wim Delvoye, Julie C. Fortier et Yann Serandour, Ceal Floyer, Tao Hongjing, Yayoi Kusama, Camille Laurelli, Valentin Lechat, Olivier Nottellet, Vera Molnar, Olivier Mosset, Alexandre Ouairy, Julien Prévieux, Evariste Richer, Benjamin Seror, Xavier Veilhan
Joseph Aloïs Schumpeter

Joseph Aloïs Schumpeter fait suite à Echos (court accrochage apathique réalisé dans le cadre de la foire Arténim – Grenoble, février 2008), et précède Michel de Certeau (exposition sur la notion d’activité, prévue à Oui, en mai – juin 2008). L’ensemble de ces expositions vise à donner des arguments pour l’analyse des rapports actuels entre l’art et l’économie.

Des arguments donc, car si Joseph Aloïs Schumpeter est bien une exposition d’art contemporain, il est également un théoricien de la pensée économique dite hétérodoxe, qui s’est attaché à comprendre le fascinant dynamisme du capitalisme, à expliquer pourquoi notre système économique est si prompt à ingérer tout ce qui lui est proposé, et qui a dessiné le portrait de l’entrepreneur en acteur inventif, conquérant et décisif.

Pour sa nouvelle exposition, Oui a donc décidé d‘inviter cette figure de l’entrepreneur schumpeterien : il s’agit de faire comme si c’était lui qui l’avait conçue, comme si passionné d’art contemporain, ce capitaine d’industrie avait choisi les oeuvres, avait établi les plans de salles et structuré l’architecture à partir de ses réflexes productifs.

L’ensemble est donc à la fois simple, organisé et percutant. La première salle d’exposition fonctionne comme un hall d’accueil et présente surtout des oeuvres décoratives (comme les paysages brumeux de Tao Hongjing) ou mises à disposition pour patienter. Elle montre aussi à quel point ici on sait collectionner – un hall d’accueil n’est-il pas également une vitrine ?

Le lieu est ensuite rationalisé pour la production, et se voit divisé en trois espaces. Dans la salle « Prospect », les oeuvres dévoilent leur capacité à exploiter des situations impossibles – comme lorsque Guillaume Brissaud et Valentin Lechat investissent les milliers de mètres carrés d’un entrepôt d’import-export à Taipei (Evergreeen, 2007) –, ou bien montrent leur aptitude à la déraison et à la rêverie au coeur même d’une économie de projet.
Dans la salle « Board of directors », c’est davantage la volonté de puissance et la quête du sublime qui semblent mises au centre de l’exposition : les oeuvres cherchent à tenir ensemble les limites extrêmes de l’univers (chez Evariste Richer), s’appuient sur les algorithmes (avec Vera Molnar), ou stabilisent le hasard (Yann Serandour et Julie C. Fortier)… Comme s’il s’agissait de posséder le monde, d’en immobiliser les fluctuations, de chercher à en maîtriser les contours – une salle pensée comme le coeur de la mécanique entrepreneuriale schumpeterienne donc.
Enfin, occupant toute la dernière salle, Olivier Nottellet, avec son installation La synchronisation du monde des affaires, fait vriller et/ou imploser quelque chose qui ressemble à un espace administratif avec lampes, fauteuils, moquette … Il en malaxe le vocabulaire pour lui faire avouer son instabilité – à moins qu’il ne s’agisse de la notre.

L’exposition Joseph Aloïs Schumpeter n’aide donc pas franchement à mettre à distance l’omniprésence de l’économie. Mais après tout pourquoi faudrait-il la mettre à distance ? Avons-nous d’autres choses à nous mettre sous la dent ? Notre quotidien a-t-il réellement d’autres fils avec lesquels tisser sa trame ? Et que savons-nous exactement des gestes qui lui échappent ? Il faut peut-être simplement regarder les choses en face, tranquillement – sans « mettre à distance » – pour commencer. Ensuite nous saurons de quoi nous parlons. Nous pourrons poursuivre, passer au dernier volet du projet, avancer même peut-être.