ART | EXPO

Jean Dubuffet

10 Sep - 19 Nov 2022
Vernissage le 10 Sep 2022

L’exposition de l’œuvre de Jean Dubuffet à la galerie Jeanne Bucher Jaeger est conçue comme une «biographie» des expositions de la galerie entre 1964 à 1985 : le long cycle de l’« Hourloupe » (1962-1974), les « Psycho-sit s », les « Mires Boléro et Kowloon », le dernier cycle des « Non-lieux », ainsi que les « Matériologies » des années 50.

Cette exposition de Jean Dubuffet (1901-1985) a été déplacée suite au décès, en décembre 2021, de son marchand Jean-François Jaeger, et modifiée afin de la lui dédier en hommage. Le titre « Le Cours des choses » fait autant référence à l’œuvre Le Cours des choses-Mire Boléro G174, longue de 8m que Jean-François Jaeger avait présentée à la galerie en 1985.

Le long cycle de « L’Hourloupe ouvre l’exposition par de petits dessins graphiques instinctifs, exécutés au stylo à bille, alors que Dubuffet téléphonait comme en témoignent un grand nombre de dessins tels que La Machine à écrire (1964), les Brouettes, Personnages, Arbres, Ciseaux, Escaliers, Logologies, Monuments qui explorent l’infinie variété du monde à travers un trait aventureux faisant surgir des formes humaines ou d’objets familiers par les techniques les plus variées de markers, feutres, vinyles, collages, découpes de toutes sortes, dotées d’une force visuelle quasi magique. Cette dynamique sur papier conduit « L’Hourloupe » sur le chemin des peintures et des sculptures de plus en plus monumentales jusqu’à des architectures telles que la Closerie Falbala, à proximité de Paris, abritant le Cabinet logologique et les costumes du spectacle Coucou Bazar.

Le cours des choses

Après les Materiologies et l’attrait de l’Art Brut, la nouvelle cosmogonie virtuelle de l’Hourloupe est issue de l’esprit incandescent de Jean Dubuffet : Hourloupe, Loupe. Entourloupe, Horla fantastique et surnaturel… Jeux d’esprit, spontanéité, imaginaire en mouvement, vitalité et virtualité du réel, Houle du Virtuel… L’univers foisonnant et complexe est, à l’image des Å“uvres, un spectacle à déchiffrer dans lequel on reconnaît l’écriture d’un logos en train de s’écrire où l’objet acquiert une vie propre.

D’un monde virtuel aux non-lieux

Ce jeu de déplacement est visible dans l’immense peinture du Train de pendules (1965) longue de 4 mètres, dotée d’une série d’horloges dont l’activité, 57 ans après, est de produire le temps dans l’espace de la galerie. Cet « entrain » engendre ainsi un espace au fil du temps : une mise en abîme du temps qui transforme l’espace, et de l’espace qui change avec le temps.

Unique cadeau de Jean Dubuffet à Jean-François Jaeger, l’œuvre Autoportrait V du 1er décembre 1966, est la réponse, simple et directe, de l’artiste au jeune galeriste qui lui avait dit : « Je ne peux tout de même pas me payer votre tête »…

Le second autoportrait de cette exposition, Le Deviseur (1969), a accompagné Jean-François Jaeger durant plus de 50 ans dans sa version noir et blanc. En pleine méditation philosophique, l’artiste devise sur le monde et semble à l’écoute d’une vérité métaphysique suprême.

Une monumentalité des œuvres

Le Personnage pour Washington Parade (1973) témoigne de la monumentalité grandissante de l’œuvre de Jean Dubuffet, qui le conduira à quitter la galerie pour exposer aux Etats-Unis, le seul pays dans les années 70 en mesure de soutenir et d’acquérir ses formats gigantesques. Il reviendra à la galerie au début des années 80 pour exposer les séries des « Psychosites », des « Mires » et des « Non-Lieux », en particulier des toiles emblématiques telles que Mires Boléro et Kowloon, ainsi qu’une sélection de Non-Lieux : Donnée, Idéoplasme et Expansion de l’être. L’exposition présente trois œuvres des années 50 sous l’impulsion de Véronique Jaeger, dont L’Homme menhir qui immortalise la présence d’une figure paternelle omniprésente à la galerie durant presque 70 ans.

Les Å“uvres sur papier

Les œuvres sur papier — plus d’une cinquantaine exposées —, notamment le dessin, n’ont jamais été considérées par Jean Dubuffet comme des esquisses préalables aux peintures. Le dessin est pour lui un champ d’exploration et de création, une approche libérée au crayon à bille dans les dessins du cycle de L’Hourloupe (1962-1974), ou aux simples crayons de couleurs dans la série des Crayonnages (1974), ou encore dans celle des Récits et Conjonctures (1975) faite d’éléments découpés et/ou collés. Egalement, les Sites aux figurines jusqu’aux illustrations des livres édités par la galerie tels que Bon piet beau neuille, ou encore ses Mires et ses Non-Lieux, que prolongent ses Activations, exécutées au crayon de couleurs quelques semaines avant sa mort en 1985. A l’aube de sa disparition, Jean Dubuffet, qui n’eut de cesse de désapprendre toute sa vie, laissa s’exprimer son âme d’enfant dans une simplicité essentielle.

L’espace de la mezzanine expose les multiples éditions de Jean Dubuffet réalisées par la galerie : Cerceaux sorcellent, Parade funèbre pour Charles Estienne, Personnage mi-corps au relief polychrome, 52 cartes de figures extrapolatoires de l’Algèbre de l’Hourloup,  les éditions sérigraphiques sur polyvinyle du Tétrascopique, ainsi que les reliefs polychromes des Arborescences I et II, réalisés par une presse sous-vide acquise par la galerie.

Une rencontre tardive de l’artiste et de sa galerie

Les premiers contacts de Jean Dubuffet avec la Galerie Jeanne Bucher datent de 1931. Le jeune Dubuffet, tout juste trentenaire, alors à la recherche d’une galerie, inscrivit dans le livre d’or cette phrase prémonitoire : « Nous finirons bien par nous rencontrer quelque part un jour ». Mais Jeanne Bucher, qui était pourtant consciente de son talent, ne l’exposa  jamais. La rencontre de Dubuffet avec la Galerie Jeanne Bucher n’eut lieu que trente ans plus tard.

La collaboration avec la galerie s’est concrétisée par une vingtaine d’expositions monographiques au sein de la galerie et par d’innombrables collaborations avec des institutions internationales. Jean-François Jaeger a œuvré plus de 40 ans à la promotion de l’œuvre de Dubuffet, avant d’être rejoint, de 2003 à 2010, par Frédéric Jaeger, actuel Président des Amis de la Fondation Dubuffet, et par Véronique Jaeger actuelle Présidente de la galerie, conjointement à son frère Emmanuel Jaeger, Directeur de la galerie depuis 2015.

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