ART | EXPO

J’embrasse pas

28 Oct - 13 Jan 2008

Cette exposition collective a comme point de départ un baiser déposé cet été par un visiteur sur une oeuvre de Cy Twombly

Miquel Barcelò, Bertrand Lavier, Douglas Gordon, Fabrice Hybert, Annette Messager, Pierre et Gilles, Orlan,  Anselm Kiefer
J’embrasse pas

Cy Twombly a été victime par deux fois. La première fois par un vulgaire baiser délibérément posé sur une de ses toiles exposée cet été, oeuvre que conserve notre musée à Avignon. La deuxième fois, parce que, comme l’artiste nous le disait avec ironie en septembre, son nom sera désormais connu de tous les Français, mais uniquement comme celui qui aura fait une toile blanche baisée par une femme se prenant elle-même pour une artiste, et prenant Twombly en otage d’un scandale médiatique et judiciaire.

Les grands artistes que nous exposons régulièrement, et d’autres tout aussi célèbres, parce qu’ils se sont sentis personnellement touchés, concernés, et parce qu’ils considèrent Twombly comme un maître intouchable ont immédiatement réagi. Cela a commencé par des lettres de soutien, puis rapidement des propositions d’exposer des oeuvres existantes et qui leur semblaient soutenir le propos du scandale. Puis, mieux encore, ils ont proposé de réaliser des oeuvres spécialement pour l’exposition, inventée du jour au lendemain, puis conceptualisée jour après jour comme suit.

Le titre s’est imposé après une proposition du «Statement» de Lawrence Weiner : «J’embrasse pas». De Miquel Barcelò à Bertrand Lavier, de Douglas Gordon à Fabrice Hybert, d’Annette Messager à Pierre et Gilles, d’Orlan à Anselm Kiefer, les réponses esthétiques furent si fortes que nous avons décidé d’organiser une exposition qui revient sur cet événement de l’été, telle une réponse artistique immédiate, précise et radicale, quitte à bousculer la programmation initialement prévue.

«J’embrasse pas» , titre emprunté à une expression populaire et reprise dans un film d’André Téchiné, sonne comme un commandement, non pas de ceux gravés sur les tables de Moïse, mais celui qu’il faudra un jour peut-être afficher en avertissement à l’entrée de nos musées d’art contemporain, à côté de «Je ne vole pas», «Je ne casse pas»…
«Noli me tangere» avait dit le Christ ressuscité en se présentant en jardinier devant Marie-Madeleine : «Ne me touchez pas !». Cette mise à distance sera ainsi au coeur du dispositif de l’exposition et de son accrochage puisque cette affaire du baiser a aussi posé la question de la surveillance, de la proximité possible ou impossible des visiteurs face aux tableaux que nous avons tendance tout à la fois à sacraliser et offrir pleinement à nos visiteurs.