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Rien de sérieux, en apparence, dans ce regroupement fantaisiste aux airs de farce, où se côtoient des Noix de Coco anthropomorphes (Jacques Malgorn), un Bing bang miniature en résine (Bruno Peinado), des assiettes peintes à l’aérosol (Mathieu Mercier) et des Bibelots-projectiles (Sylvie Auvray). Transposée sous une forme théâtrale, l’exposition pourrait être la digne héritière d’un Vaudeville à la française ou de la Comédia dell’arte, en cela qu’elle use des mêmes figures de style : travestissement, bouffonnerie, goût du quiproquo et de l’intrigue, caricature.
Rien de sérieux, donc. Comme si la « petite » œuvre, facétieuse avant tout, se jouait de la grande et offrait aux artistes une liberté encore inconnue, véritablement libératrice.

En guise de manifeste : l’œuvre de Guillaume Constantin, qui métamorphose le carton d’invitation de l’exposition — ajouré et installé sur des tréteaux — en table miniature. Avec la même légèreté, Cindy, de Delphine Coindet, est une architecture improbable, où les gommettes, plumes et autocollants exaltent les « couleurs sentimentales » du Kitch, pour reprendre l’expression de l’universitaire Abraham Moles.
Matériaux pauvres, sujets banals, objets manufacturés aux allures de jouets bricolés, peints ou exposés tels quels, sont les instruments de cet authentiquement faux, parfaitement représenté par le tableau/paysage de Pierre Ardouvin, imitant le bruit d’une cascade et son mouvement perpétuel.

Pensée comme un objet second et insignifiant, porteur d’une esthétique populaire ou enfantine, la « petite » œuvre existe aussi dans une dimension critique et sociologique. Le Small World de Delphine Rigaud, tentative de cartographie des principales manifestations artistiques, ouvre le débat sur l’exiguïté du milieu de l’art, sous entendant ses éventuelles mesquineries et sa tendance à l’ostracisme ou au népotisme.

Mais, l’exposition « XS », ou Extra Small dans sa forme non abrégée, s’impose, avant tout comme un refus de la standardisation. La terminologie n’est-elle pas empruntée à l’univers du prêt-à-porter ? Et quand il est question de taille, il est toujours question de norme, d’un plus grand ou d’un plus petit que, d’un jugement de valeur.

Ainsi, derrière, le choix du titre et la diversité des propositions artistiques — rappelons d’ailleurs que la plupart des œuvres sont inédites — on devine une tentative de résistance au culte de la grandeur et au goût unique, à une forme de totalitarisme qui abolit la petitesse, la fragilité, la maladie, la différence. Plutôt saine, cette autocritique de l’art par ses représentants interroge nos systèmes de classement et de production, nos conceptions du beau et de la création actuelle. Notre éthique matérielle, en quelque sorte.

Beaucoup plus sérieux, qu’il n’y parait à première vue… Même s’iI est dommage qu’aucun artiste, poussant le jeu de l’ironie encore plus loin, n’ait pris le risque de s’écarter de la règle qui lui était si arbitrairement assignée !

Artistes :
Saâdane Afif, Wilfrid Almendra, Lou Amoravain, Pierre Ardouvin, Sylvie Auvray, Virginie Barré, Lilian Bourgeat, Anne Brégeaut, Laura Brunellière, Roland Cognet, Delphine Coindet, Guillaume Constantin, Thomas David, Marcelline Delbecq, Christophe Duchatelet & Laurent Edeline, Jean-Charles Eustache, Philippe Eydieu, Christelle Familiari, Pauline Fondevila, Marjolaine Gony, Lina Jabbour, Pierre Joseph, Nicolas Lafon, Delphine Laloy, Claude Lévêque, Jacques Malgorn, Pierre Malphettes, Carole Manaranche, Mathieu Mercier, Anita Molinero, Gyan Panchal, Florence Paradeis, Bruno Peinado, Loïc Raguénès, Delphine Rigaud, Gitte Schäfer, Mathieu Sellier, Stéphane Thidet, Rachel Urkowitz, Raphaël Zarka, Edwige Ziarkowski.

Christelle Familiari
Je goutte, 2002-2007. Fil d’étain, étain fondu

Anne Brégeaut
Bout de ciel, 2005. Ballon sérigraphié, hélium.

Sylvie Auvray
Bibelot-projectile : Grenade, 2007. Plâtre, plastique.

Carole Manaranche
Sans titre, 2007. Mousse polyuréthane, peinture. 40×30 cm.

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