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Valérie Belin

11 Déc - 19 Déc 2004
Vernissage le 11 Déc 2004

Tentative obsessionnelle d’appropriation du réel par ou avec le corps. Transformation de la réalité visuelle. Entre vraisemblance et illusion. Deux nouvelles séries: les portraits de «Masques» et les photographies abstraites de paquets de chips de «Monochromes».

Valérie Belin
Valérie Belin

On peut considérer le travail photographique de Valérie Belin comme une tentative obsessionnelle d’appropriation du réel ou le «corps», au sens large du terme, jouerait un rôle déterminant. En effet, lorsque le corps n’est pas, à proprement parler, présent dans l’image, «une figure», par sa forme allusive, surenchérit l’idée de sa dématérialisation ou de son absence ; lorsqu’au contraire, le corps est explicitement représenté, c’est à l’état de décor ou d’objet singulièrement absent.

En effet, présent de manière métaphorique dans les premières séries d’objets, c’est à travers la série des «Bodybuilders» que le corps figure pour la première fois explicitement dans l’œuvre de Valérie Belin. Dans leur prolongement, Valérie Belin choisira d’aborder le genre du portrait à travers trois séries — «Transsexuels», «Femmes noires» et «Modèles», soulevant la question de l’identité par le biais du désir de métamorphose. Une série plus récente de «Sosies» de Michael Jackson tend à signifier la perte de l’identité à travers la volonté de ressemblance et le grotesque.

«Cette ambivalence fondamentale de l’être dans mes photographies me pousse à croire que je représente toujours une chose pour une autre, que ce dont il est question n’est jamais là, représenté dans l’image, et que c’est mon propre corps qui veut se percevoir au plus près des êtres et des choses que je photographie. Comme si photographier était le moyen d’objectiver un «état de l’être», de donner en réponse à une énigme, une autre énigme, d’affronter l’innommable en parlant d’autre chose.

Pour sa quatrième exposition personnelle à la galerie Xippas, Valérie Belin présentera deux nouvelles séries de photographies : «Masques» et «Monochromes».

La série des «Masques», comme les précédentes séries de «Mannequins» et de «Sosies», est une série de «portraits». Cependant, à la différence de ces dernières, où l’on percevait le vrai pour s’apercevoir du faux, les masques —photographiés de façon «réaliste»—ne font pas illusion. L’objet se présente à priori dans sa fonction d’enveloppe chimérique et grotesque, mais la physionomie qui s’en dégage n’est pas sans atteindre un certain niveau de vraisemblance. On pourrait dire, en quelque sorte, que le grotesque devient réalité.

Confirmant son intérêt pour des sujets «triviaux», Valérie Belin a photographié des paquets de chips, achetés dans différents supermarchés en Angleterre. Dans cette nouvelle série, l’artiste réussit le pari de l’abstraction par un retournement inattendu du sujet. Les photographies se présentent à priori comme de stricts «équivalents» des objets photographiés. Le paradoxe réside alors dans la transformation du sujet par la mise en œuvre d’un protocole minimal : agrandissement et suppression de la couleur. La tautologie de la démarche et la négation du sujet qu’elle induit, posent ces photographies comme des équivalents du monochrome en peinture, à la différence qu’ici, ce qui reste de l’«épaisseur» du sujet n’est pas la couleur, mais un motif.

Article sur l’exposition
Nous vous incitons à lire l’article rédigé par Pierre-Évariste Douaire sur cette exposition en cliquant sur le lien ci-dessous.

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