ART | EXPO

Suicidal tendencies

02 Oct - 08 Nov 2008
Vernissage le 01 Oct 2008

Usant de plusieurs médiums - du dessin à la peinture, de la sculpture aux éléments décoratifs -, les oeuvres de Bruno Peinado empruntent formes et signes au monde du surf, au punk californien ou encore à celui de l’Acid house.

Communiqué de presse
Bruno Peinado
Suicidal tendencies

L’école municipale des beaux-arts/Galerie Edouard Manet présente, à l’occasion de cette rentrée, une exposition personnelle de Bruno Peinado, figure emblématique de la scène artistique française.

Son travail se caractérise par sa propension à s’approprier des formes, à mixer de multiples références – et autant de citations – empruntées
à l’art contemporain, aux contre-cultures et à l’imagerie populaire.

La diversité des médiums utilisés, du dessin à la peinture, de la sculpture aux éléments décoratifs, le recours à des matériaux aux surfaces glacées et réfléchissantes tels que l’acier, le miroir, le verre dépoli, contribuent à générer dans ses expositions de fortes ambiances visuelles, délibérément clinquantes et néo-pops. Mais au-delà de son apparente séduction, le travail de Bruno Peinado interroge les notions de hiérarchie et d’originalité.

Suicidal tendencies, du nom d’un groupe de skatepunk, ne déroge pas à ces principes. L’exposition rejoue en partie, avec de nouvelles pièces, celle présentée à la Galerie Mitterrand+Sanz (Zurich) en septembre 2007.

Selon une pratique qui lui est propre et avec une certaine défiance quant à l’obligation de production de nouveau, Bruno Peinado revendique, à l’instar de la pratique musicale, la possibilité de réinterpréter pièces et expositions, dans de nouveaux arrangements, de nouvelles configurations, jusqu’à épuisement des formes et des idées.

Conçue comme un parcours, l’exposition trouve son point nodal dans un ensemble de pièces situé la seconde salle de l’espace. Trois découpes noires en aluminium adossées contre le mur résument l’évolution du shape de la planche de surf qui, du longboard des années 60 au shortboard des années 70, sous l’influence du skateboard, contribua à une pratique plus incisive. Leurs carènes sont constellées de trous quand, sous forme de calembour visuel, des objets contendants se substituent aux ailerons.

Leur proximité avec un smiley, soleil radieux et souriant, dont l’éclairage au néon bat ici selon le rythme respiratoire, fait écho à l’affiche de « The Endless Summer », film mythique sur le surf.

La présence de ce smiley tout comme l’omniprésence d’une peinture murale rayée en oblique jaune et noir dans l’espace d’exposition sont autant de référence à l’Hacienda, lieu d’émergence à Manchester, de l’Acid House.

Ce motif à rayures dresse par ailleurs une passerelle entre les mondes de la nuit, du travail et de l’art, du Minimalisme à l’Abstraction géométrique de ces trente dernières années.

Bruno Peinado ne cesse d’investir des formes et des signes pour surfer d’un univers à l’autre. Les parallélépipèdes à la laque étincelante de la première salle, comme les modules empruntés au jeu Tetris, trouvent leurs origines formelles dans la « Kustom kultur » et dans les « Finish fetish » du minimalisme « West coast » de John Mc Cracken.

De même, si les plaques de verre opacifiées en miroir évoquent la fenêtre comme métaphore du tableau, elles entretiennent par ailleurs une parenté très précise avec le décoratif.

Néanmoins, les tôles cabossées des premiers tout comme les impacts de coups à la surface des secondes, contaminent cette esthétique lisse et glamour d’une touche destroy qui rappelle combien le pur et l’impur sont indissociables, combien la régénérescence et la réappropriation des formes passent par leur altération !

Ces pièces évoquent la tradition haïtienne du dechoukaj ou dessouchage qui consiste à détruire les biens rappelant trop précisément un passé
dont on cherche à s’émanciper.

Bruno Peinado entretient une relation analytique et critique avec le flux d’images et de signes constitué par l’éclectisme de notre contemporanéité. Privilégiant la théorie de la « créolisation », et dans une proximité conceptuelle avec la pensée « du chaos-monde » de l’essayiste et poète Edouard Glissant, il télescope les références visuelles et culturelles pour complexifier, voire re-complexifier leurs sens.

Ses oeuvres nous rappelle que toute tentative de mise en ordre est vaine, que toute hiérarchie échappe ; tout au plus, pouvons-nous, à l’instar
du principe du jeu Tetris, gérer et organiser temporairement l’imprévu.

Evénement
Rencontre avec l’artiste samedi 4 octobre à 14h30.

Vernissage
Mercredi 1er octobre. 18h-21h.

critique

Suicidal Tendencies