ART | CRITIQUE

Influence Pop

PPierre-Évariste Douaire
@02 Mar 2009

L’exposition de groupe Influence Pop aurait mérité d’être au pluriel. Depuis la mort de Warhol, l’héritage et la vitalité du Pop Art est multiple et polysémique. Entre aveuglement consumériste et détournement subtil de la société de consommation, les artistes travaillent à partir d’images publicitaires.

Le carton d’invitation tient sa promesse. Pierre & Gilles annoncent la couleur avec Ruth et les bigoudis (1982). La jeune fille ressemble à la lolita de l’affiche de Stanley Kubrick, la sucette en moins et les bigoudis en plus. Même sourire amusé, même regard allumeur. Le fond de la photographie rappelle le tramage des peintures de Lichtenstein.

Alors que l’actualité est à la morosité, cette exposition de groupe tente de redonner un peu de gaieté à un monde touché directement ou indirectement par la crise. La peur du chômage n’est plus un sentiment mais une angoisse statistique pour le plus grand monde. La perte du pouvoir d’achat des collectionneurs est une donnée difficilement estimable à moyen terme. Mais elle est réellement palpable depuis la dernière Fiac de cet automne. Ceci explique la modification des programmations des galeries et la multiplication des expositions collectives.
Influence Pop tente de redonner le moral à toute la profession en montrant des pièces anciennes de qualité et d’artistes consacrés. Cette initiative est une façon d’annoncer la prochaine exposition du Grand Palais consacrée à Warhol.

La seule nouveauté de l’exposition n’est pas la moindre. En l’occurrence c’est Jeff Koons, himsel, qui nous offre quatre sérigraphies récentes, 2007, tirées de sa série des Monkey Train, éditées à quarante exemplaires.
L’ancien trader reprend la technique du maître de la Factory avec quatre versions : blue, orange, dots et birds. Ces quatre travaux sur papier reprennent les figures préférées de l’artiste. Ils sont un écho direct de la grande exposition qui se tenait à Versailles cet hiver. Les ballons baudruches se transformait en sculpture luisante et métallique. Le train de Pluie, vapeur et vitesse (1844) de Turner sortait de sa toile et s’échouait sur la nappe du Salon des Nobles de la Reine.
Dans le jardin de l’Orangerie, un monstre bicéphale s’élevait à plus de dix mètres de haut, moitié poney, moitié dinosaure. Il était composé de près de 100 000 fleurs. Encore une fois le train a pris la tangente. Il est sorti de son cadre et il laisse des traces sur le papier épais des sérigraphies.

Le sculpteur écossais David Mach n’est pas en reste. Son buste de Marilyn Monroe en allumettes reprend une des grandes figures de l’art pop, qu’il soit anglais ou américain. Il retravaille la star à sa façon. Le résultat est plus proche de la BD franco-belge que des comics américains. L’héroïne ressemble plus à la schtroumpfette de Peyo qu’à Liz ou Elvis. L’humour et la distance se sont depuis longtemps immiscés dans l’art. La répétition, la référence aux mêmes objets, aux mêmes sujets remplacent définitivement les muses antiques des poètes du Parnasse.

Alors qu’on le connaît pour sa virtuosité de petite main et sa minutie en tête d’épingle, David Mach expose une œuvre constituée de près de 2000 bouteilles posées sur le sol. Ce rectangle de verre délimite la scène d’un film digne des Dents de la mer de Spielberg. A côté des bouteilles vides il y en a qui sont remplies d’encre bleu marine. So Long And Thanks For All The Fishes (1985) retrace la course-poursuite entre un nageur et un requin traquant sa proie. Le résultat est aussi explosif qu’efficace. Le patchwork aquatique fonctionne grâce à sa structure et à son exposition à plat. L’encaissement de la pièce, en cul-de-sac, permet à l’œuvre de dominer son sujet.

Valérie Belin expose deux photographies en noir et blanc que l’on pouvait voir dernièrement à la galerie Xippas. Il s’agit de paquets de chips que l’on trouve dans les supermarchés britanniques. A la tomate, au vinaigre, à l’oignon, ces petits paquets de survie d’outre-manche sont aussi exotiques pour nous qu’étranges pour nos papilles.
La photographe, en 2004, transformait ces packaging tape-à-l’œil en masque africain. Elle transformait l’emballage en porte bannière de notre société dominée par les marques et les apparences. En alchimiste du noir, elle repassait ces paquets métallisés d’une ouate mate.

Influence Pop
aurait mérité d’être au pluriel tend les démarches d’un Koons semblent opposées à celle d’une Valérie Belin. D’un côté, l’extase de la société de consommation, la «célébration de l’objet dans la publicité» pour citer Jean Baudrillard, et de l’autre une manipulation qui prend quelques distances avec l’objet photographié.
Cette dichotomie opposait déjà, dans les années soixante, les hérauts du nouveau monde aux Nouveaux réalistes. Warhol et aujourd’hui Koons dominent le monde. Ils se contentent d’en mesurer les signes dominants, faut-il s’en réjouir ou s’en défier ? Une remise en question de ce monde marchand est-il encore possible ?

Pierre et Gilles
Ruth et les bigoudis, 1982. Photographie peinte, pièce unique. 57,6 x 45,8 cm

Valérie Bélin
Sans titre, 2004. Tirage argentique contrecollé sur aluminium. 166 x 125 cm

McDermott & McGough
Late night #12 : Lana Turner, 1967, 2008. Huile sur toile de lin. 73,66 x 91,44 cm