DANSE | SPECTACLE

Bien Fait ! | Maintenant, Oui

25 Sep - 25 Sep 2019

Prendre une série de gestes, quatre interprètes et les faire répéter encore et encore, jusqu'à l'os du mouvement. Là où ou émerge la créativité. C'est un peu le pari de Maintenant, Oui de Gaël Sesboüé ; un quatuor chorégraphique interprété par quatre danseurs (et chorégraphes) chevronnés.

Avec Maintenant, Oui (2019), le chorégraphe Gaël Sesboüé (Cie Lola Gatt) livre une pièce pour quatre danseurs. À savoir Carole Perdereau, Annabelle Pulcini, Jérôme Andrieu et Alexandre Thery. Jeu de mots, jeu de mouvements et gestes : Maintenant, Oui malaxe la chair du quotidien. Comme son titre, qu’il faut articuler lentement pour en saisir les arômes. « Maintenir. Le oui. Maintenant. Participe présent du verbe maintenir. Participer à. L’écriture. Du présent. Participer de. L’écriture. De notre présent. Par le oui. Par son maintien. Dans un mouvement qui tient. Jusqu’à maintenant. Par le oui. Par son action. » Cette citation, de Marc Perrin (Ce qui secret, 2010), sert d’exergue à la pièce. Elle fait sentir la saccade, le mouvement des yeux qui auscultent chaque évènement, dans une course à la fois ininterrompue et discrète (au sens de segmentée). Pour un quatuor chorégraphique où les danseurs jonglent entre les registres.

Maintenant, Oui de Gaël Sesboüé : de l’automatisme du geste au présent pur

Tous aguerris à leur art, aussi bien comme danseurs que chorégraphes, les quatre interprètes de Maintenant, Oui évoluent sur une scène dépouillée. Un dispositif central, autour duquel peuvent se distribuer les publics. Tandis que le paysage sonore composé par Vincent Raude s’empare d’airs lyriques, par exemple, pour mieux les démultiplier, les triturer, en sortir de l’inouï. Une texture acoustique en résonance avec la danse de Gaël Sesboüé qui, avec Maintenant, Oui, triture des boucles chorégraphiques jusqu’à l’étonnant. Les danseurs y répètent les mouvements de la partition dans un déploiement combinatoire éclatant l’anodin. D’abord à l’unisson, puis progressivement, dans une singularisation où rythmes, ampleurs, styles et vitesses se transforment. Chaque danseur creusant alors sa propre voie. Métaphore du quotidien, avec Maintenant, Oui, Gaël Sesboüé transforme le rapport au banal en rapport d’attention absolue.

Maintenant, Oui : une pièce en forme de différences, répétitions et transformations

Une attention qui rappelle un peu la méthodologie du Happening, d’Allan Kaprow, et son invitation à effectuer chaque geste en conscience. Ou plutôt : en présence. Se brosser les dents, serrer la main d’un.e collègue, tenir une porte… Tous ces mouvements qui font le quotidien et qui le plus souvent sont effectués automatiquement (par politesse, convention, répétition…), autrement dit sans y penser : les effectuer en ne pensant qu’à cela. Les répéter jusqu’à ce que même le mouvement le plus ordinaire (dire bonjour) devienne déroutant d’étrangeté. Jusqu’à, en somme, saisir l’inconnu du pur présent. Et du Happening, Maintenant, Oui garde l’attention au mouvement. La pièce se déroule dans un lieu d’art (et non dans un espace du quotidien), mais toute la perception se concentre sur l’effectuation. Plus les danseurs grattent la symbolique du geste, plus la pièce devient expérience sensorielle. Une façon, en somme, d’altérer le cadre des automatismes quotidiens.

À retrouver pendant le festival Bien Fait ! 2019 (organisé par Micandanses), en soirée partagée avec O.K. de Florence Casanave.