ART | EXPO

Épidermies

06 Nov - 05 Déc 2010
Vernissage le 06 Nov 2010

Six plasticiennes ont créé le terme d'«Épidermies» pour intituler leur exposition de leurs travaux par lesquels elles se réapproprient le sujet qui les réunit: la peau.

Lorraine Alexandre, Tia Calli Borlase, Sabine Dizel, Anne Gavarret, Claire Labastie, Annick Naour
Epidermies

Epidermies est un projet artistique qui réunit six plasticiennes soutenues par le Cerap (Centre d’étude et de recherche en arts plastiques, Paris 1 Panthéon-Sorbonne) qui publie un catalogue d’exposition. Ce projet se construit autour de six démarches artistiques distinctes et complémentaires où la peau se fait non seulement sujet, mais aussi médium et objet de l’art.

Le travail de Lorraine Alexandre cumule dessin sur la peau et performance, expériences éphémères pérennisées par des photographies en noir et blanc. La série intitulée «Quelque chose comme un animal» compte ici dix photos carrées de trente centimètres de côté représentant la main gauche de l’artiste sur laquelle elle a dessiné un animal toujours différent à l’encre noire. Cette série montre l’ambivalence entre le corps vivant et sa projection artistique. Le Portrait de la Fée Minine décomposé en six concepts compte six diptyques de cinquante centimètres sur un mètre où l’on voit la main du modèle, le comédien Philippe Lelièvre, sur laquelle est écrite une formule représentant chaque concept (le sexe, le désir, l’imaginaire, l’intime, l’énigme, la liberté) qu’il interprète dans la photo suivante. Le travail de cette artiste interroge et expérimente les modes de mise en scène et de réappropriations formelles du corps.

Les trois grandes photographies couleurs (70 x 100 cm) de Tia Calli Borlase représentent des sites du Sultanat d’Oman, dans les vieux villages abandonnés de la région de Nizwa: Izki, Birkaut-al-Mauz, Bahla, Tanuf. Chaque photo montre un détail de ces sites dans lesquels ont été suspendues différentes Sculptures membranes. Ces dernières, exposées également, sont constituées de tissu, de baleine de corset, de coques ou bonnets de soutien-gorge, fermeture Éclair, rubans, boutons… Légères et organiques, elles adoptent des formes abstraites, mais dans lesquels on se prend à deviner des formes animales, mollusques ou coquillages. Ce travail explore les associations ou les renversements anthropomorphiques, les mécanismes de condensation et de déplacement, l’idée de métis transposée du monde animal au monde humain.

Les compositions de Sabine Dizel cumulent de petits sténopés sur trois grands panneaux (80 x 150 cm en moyenne). Sténopés qui se déclinent sous la forme d’un grand manteau pour «siamois» en papier non tissé cousu main de 150 sur 100 cm. Chaque image représente un détail, des morceaux de peau dont on retrouve parfois l’origine, un œil, un doigt, le tout associé aux motifs floraux d’un papier peint. Ce travail expérimente la sténopéphotographie et laisse la part belle à la rêverie dans le travail de création.

Les saisies d’écran d’Anne Gavarret se déclinent en deux séries. Anthropies compte cinq photographies numériques rephotographiées à l’écran et présentées dans de petits cadres numériques. Les images laissent deviner des fesses de femmes de couleurs vives dont les formes se perdent au fil des images. Lags compte sept captures d’écran numérique posées au sol dans des caissons lumineux (40 x 40 x 5 cm). Capter sur un écran de télé, ses photos débusques les accidents de l’image, les pannes techniques qui défigurent les visages alors diffusés à l’écran. Ce travail s’intéresse à la perte, la dégradation, la disparition, la défiguration présentes dans la vidéo et la photo numériques.

Les vidéos de Claire Labastie cherchent à saisir au vol les voix dont on ne sait si elles correspondent toujours aux images. Ces voix racontent et déclinent des histoires de retards. Ces vidéos envoient des épidermes fluides et éthérés à travers les sensations que véhiculent les images: des éléments végétaux, le paysage qui défile à la fenêtre d’un train en retard donc. Le retard réinvesti dans l’art et qui se nourrit de l’air, d’une sensation devenue pesante lorsque l’inquiétude s’installe et fait vibrer notre épiderme.

La série Cosmetics d’Annick Naour présente trente tirages numériques sur papier réalisé à partir d’images scannées qui s’étirent alors sur plus de deux mètres soixante de large et deux mètres vingt de haut. Chaque image montre la liste des composants de lotions cosmétiques, prélevés sur leurs emballages, apposés sur la peau de l’artiste, puis scannés. Ces photographies abordent un questionnement sur le corps et son activité, que ce soit au travail ou lors des loisirs.

Epidermies se joue des relations art/corps et expérimente les sensations tactiles et perceptives. Les travaux présentés décomposent et stratifient alors la surface du corps à travers de multiples expériences formelles et artistiques et invitent le regard du spectateur à venir les effleurer afin de toucher sa propre corporalité. Ce projet développe ainsi une esthétique propre aux sens au-delà de la seule perception visuelle; une esthétique du corps impliqué dans l’acte créateur.

 

critique

Épidermies