ART | CRITIQUE

Épidermies

Multipliant les regards et les approches, six artistes plasticiennes expérimentent le concept d’«Epidermies» qu’elles ont inventé. Leurs œuvres construisent toutes les liens entre l’art et le corps, un corps tout particulièrement investi, impliqué dans l’acte créateur dont il est tout autant sujet que médium.

Le Centre d’art contemporain Aponia, à Villiers-sur-Marne, propose l’exposition «Epidermies» qui s’accompagne d’un catalogue publié par le Cerap (Centre d’étude et de recherche en arts plastiques, Paris 1 Panthéon-Sorbonne). Les six artistes présentes dans cette exposition collective l’ont montée elles-mêmes revendiquant ainsi un investissement qui se veut total.

Toutes les œuvres se trouvent dans un même espace, une seule pièce, immense, est installée dans un ancien hangar.
La première réussite de ce projet repose sur sa scénographie. Les travaux ne sont pas toujours regroupés par artistes et peuvent s’étendre d’un bout à l’autre de l’espace. Cependant l’identité de chaque création reste forte et identifiable. Cet éclatement permet de donner souffle, fluidité et vivacité à l’ensemble. Ainsi, le spectateur peut percevoir l’énergie de groupe et l’osmose entre les artistes.

Les créations traitent certes toutes du corps et de son épiderme, mais selon des angles très différents. Les techniques présentées sont multiples et les œuvres sont elles-mêmes souvent pluridisciplinaires mêlant sculpture, dessin et photographie.
Ce dernier médium est de toute évidence le plus représenté et donne une structure et une identité à l’ensemble d’autant plus qu’il est souvent associé à d’autres techniques. S’il cadre les installations des sculptures de Tia-Calli Borlase aux quatre coins du monde et s’il pérennise les dessins éphémères à même la peau des travaux de Lorraine Alexandre, il devient manteau sous l’aiguille de Sabine Dizel ou humbles impressions des scannes d’Annick Naour ou des saisies d’écran d’Anne Gavarret.

C’est donc avec souplesse et en douceur que cette exposition multiple et parfaitement articulée amène le spectateur à réfléchir au sujet «Epidermies». Ce terme inventé par les artistes permet une association immédiate à leur démarche collective, et une identification qui pourrait être pérennisée à travers de nouvelles strates dans de futurs événements artistiques.

Car il s’agit bien d’un travail de stratification, d’expérimentation par couches du concept proposé. Les œuvres traitent toutes d’une strate différente de cette «Epidermies». Si certaines étudient la surface de la peau, d’autres tendent à la retourner… mais toutes proposent une posture critique où l’art devient le lieu d’expérimentation des sensations et des façons de les percevoir.

Ces œuvres construisent toutes selon des solutions qui leur sont propres les liens entre l’art et le corps, un corps tout particulièrement investi, impliqué dans l’acte créateur dont il est tout autant sujet que médium.

— Lorraine Alexandre, Portrait de la Fée Minine décomposé en six concepts, modèle Philippe Lelièvre, création dérivée de la pièce de théâtre Ne nous quitte pas de Gil Galliot et Yves Hirschfeld, 2009. Photographies argentiques en noir et blanc, six diptyques. 50 x 105 cm chacun.
— Lorraine Alexandre, Quelque chose comme un animal, 2008-2010. Photographies argentiques en noir et blanc. 30 x 30 cm chacune.
— Tia Calli Borlase, Bahla, 2010. Photographie argentique couleur sur toile mat. 70 x 100 cm.
— Tia Calli Borlase, Tanuf, 2010. Photographie argentique couleur sur toile mat. 70 x 100 cm.
— Tia Calli Borlase, Birkaut-al-Mauz, 2010. Photographie argentique couleur sur toile mat. 70 x 100 cm.
— Sabine Dizel, Portrait d’Il, 2009. Sténopés numériques, impression jet d’encre sur papier non tissé. 80 x 158 cm.
— Sabine Dizel, Les Miettes, 2009. Sténopés numériques, impression jet d’encre sur papier non tissé. 80 x 178 cm.
— Sabine Dizel, Végétales, 2009. Sténopés numériques, impression jet d’encre sur papier non tissé. 80 x 113 cm.
— Sabine Dizel, L’Êtredeux, 2009. Sténopés numériques, impression jet d’encre sur papier non tissé, double manteau cousu main. 150 x 100 cm.
— Anne Gavarret, Anthropies, 2010. Cinq photographies numériques rephotographiées à l’écran. 7x 13 cm par cadre numérique.
— Anne Gavarret, Lags, 2008. Sept captures d’écran numérique, caissons lumineux en partenariat avec Archizip. 40 x 40 x 25 cm par caisson.
— Claire Labastie, Retard ANPE (retard 3), 2005. Film numérique. 3’41 min.
— Claire Labastie, Courez (retard 6), 2007. Film numérique. 3’44 min.
— Claire Labastie, Retar d rater (retard 2), 2004. Film numérique. 5’11 min.
— Claire Labastie, Retard en vert (retard 1), 2003. Film numérique.14 min.
— Annick Naour, Cosmetics, 2008. Trente tirages numériques sur papier. 265 x 220 cm pour l’ensemble.