ART | EXPO

Entre-deux

29 Juin - 03 Nov 2013
Vernissage le 29 Juin 2013

Des passages d’un monde à l’autre, des changements d’échelles, l’énigme et l'évidence, l’ouverture et la fermeture sont à l’œuvre dans l'exposition «Entre-deux» comme une nouvelle invitation à regarder, inspecter, expérimenter des temps en suspension, des espaces d’un geste révélés, un flottement entre fiction et réalité.

Farah Atassi, Peter Downsbrough, Dan Graham, Alexandra Leykauf, Gordon Matta-Clark, Tatiana Trouvé
Entre-deux

«Entre-deux» nous offre une étrange vision où l’invisible revêt une forme tangible, le vide se matérialise, le temps semble en suspension. Des espaces sont révélés par de simples gestes, d’autres paraissent flotter entre fiction et réalité, des portes s’entrouvrent sur des dimensions insoupçonnées, pour opérer un léger décollement du réel.

Peter Downsbrough, artiste de la simplicité et du dénuement, structure l’espace en créant des volumes discrets à l’aide d’un vocabulaire plastique épuré, constitué de figures géométriques simples, de lignes et de mots. Il réalise une intervention dès l’entrée du musée pour nous guider dans l’espace d’exposition. Son processus de coupure optique, de recadrage du champ visuel, suggère une nouvelle appréhension de l’espace. Les mots dispersés, des allocutions (encore, là, et, vers, as, but, and…), invitent à chercher au-delà du champ visuel. Son intervention révèle un intervalle ouvert qui se modifie en fonction des points de vue, parle de place, de placement et de déplacement.

Les peintures de Farah Atassi figurent des intérieurs, pauvres et désertés, structurés par des lignes géométriques — dortoir, salle d’attente, cuisine, salle de bain, atelier… — les plus récentes sont réduites à une mosaïque de petits carreaux recevant des constructions à l’échelle indécise, entre jouets d’enfants et architecture moderniste. Ces tableaux de grands formats, sans présence humaine, génèrent une incertitude. Le regard est éprouvé devant ces espaces clos dans lesquels les plans semblent se replier, les perspectives se perdent, les distances restent indéfinies mais où les strates et repentirs sont laissés visibles.

Chacune des œuvres de Dan Graham implique la participation du spectateur pour remettre en question les codes perçus comme des stéréotypes. Avec l’installation Two viewing rooms, la vidéo questionne les mécanismes de la perception et le rôle du spectateur dans l’art et la société. Triangle Pavilion se compose de trois parois, à la fois vitres et miroirs, avec une porte coulissante qui laisse entrer le spectateur: l’œuvre propose une expérience esthétique qui joue des reflets, de la réflexion de la lumière et de la démultiplication des espaces. Ces œuvres obligent le spectateur à prendre position: il est tour à tour et simultanément celui qui voit et celui qui est vu.

L’œuvre de Tatiana Trouvé se joue du temps et de l’espace, elle condense plusieurs temporalités: celle de la visite de l’exposition, celle de l’exposition elle-même, et celle du souvenir du spectateur. Le temps prend le spectateur en tenaille et le retient, prisonnier volontaire et fasciné. Polders, maquettes de souvenirs de lieux et d’instants est une installation d’éléments de mobiliers, de structures et d’objets divers qui forme une sorte d’îlot refermé en attente d’une improbable visite. L’artiste nous laisse à la porte, nous interdit une pénétration physique de l’œuvre et nous invite à y projeter nos souvenirs. À travers la question de l’espace, de sa réduction, elle interroge la distance spatiale mais aussi temporelle et s’intéresse à une mémoire des objets et des lieux, qui déforme la réalité, l’amplifie ou la réduit.

Intervenant sur des bâtiments en instance de démolition, Gordon Matta-Clark les sculpte par des percées et des découpes révélant la complexité des espaces internes et la structure des éléments. L’architecture change alors de fonction pour devenir sculpture. À l’encontre des sculpteurs qui remplissent l’espace, il rend la beauté de l’espace visible en l’exhibant et en le reliant à l’extérieur. Trois films qui documentent des interventions sont projetés: Spiltting, l’une des plus célèbres coupes de l’artiste de maison, Sous-sol de Paris où il explore le monde souterrain parisien et Bingo/Ninths, dans laquelle il sépare la façade d’une maison en neuf morceaux.

Le travail d’Alexandra Leykauf se situe au croisement de la photographie et du cinéma, de l’histoire de l’architecture moderne et de l’esthétique des ruines. Elle décontextualise des images, les manipule, les ré agence pour établir des relations entre des espace-temps distincts, produire une nouvelle réalité où les espaces, toujours identifiables, sont rendus imaginaires. Par le jeu de l’illusion, les œuvres de l’artiste parviennent à troubler le spectateur, l’interrogeant sur sa perception.

Commissariat: Hélène Audiffren

Vernissage
Samedi 29 juin 2013 à 18h30

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