ART | BIENNALE

13e Biennale de Lyon. La vie moderne

10 Sep - 03 Jan 2016
Vernissage le 10 Sep 2015

La 13e Biennale de Lyon rassemble des artistes issus de 28 pays qui explorent le caractère paradoxal de la culture contemporaine. Leurs œuvres reflètent les modalités à travers lesquelles les multiples héritages de l'ère moderne influencent aujourd'hui encore nos manières de voir et de penser, ainsi que les scénarios et les questions de nos vies quotidiennes.

Michel Armitage, Kader Attia, Darren Bader, Sammy Baloji, Yto Barrada, Camille Blatrix, Michel Blazy, Mohamed Bourouissa, Célester Boursier-Mougenot, Nina Canell, George Condo, Alex Da Corte, Jeremy Deller, Simon Denny, Jessica Diamond, Thomas Eggerer, Cyprien Gaillard, Fabien Giraud & Raphaël Siboni, Guan Xiao, Anthea Hamilton, He Xiangyu, Camille Henrot, Hannah Hurtzig, Cameron Jamie, Johannes Kahrs, Lai Chih-Sheng, Emmanuel Lainé, Laura Lamiel, Liu Wei, Andreas Lolis, Magdi Mostafa, Daniel Naudé, Mike Nelson, Nguyen Trinh Thi, Otobong Nkanga, Katja Novitskova, Ahmet Öğüt, George Osodi, Anna Ostoya, Tony Oursler, Marina Pinsky, Julien Prévieux, Jon Rafman, Miguel Angel Rios, Ed Ruscha, Massinissa Selmani, Marinella Senatore, David Shrigley, Avery K. Singer, Lucie Stahl, Tatiana Trouvé, Andra Ursuta, Klaus Weber, T.J. Wilcox, Haegue Yang, Yuan Goang-Ming, Arseny Zhilyaev
13e Biennale de Lyon. La vie moderne

Intitulée «La vie moderne», la 13e Biennale de Lyon rassemble des artistes issus de 28 pays qui explorent le caractère paradoxal de la culture contemporaine dans différentes régions du monde. Leurs œuvres reflètent les modalités à travers lesquelles les multiples héritages de l’ère moderne influencent aujourd’hui encore nos manières de voir et de penser, et agissent sur nos vies quotidiennes.

Le titre «La vie moderne» a une dimension (inévitablement) ironique qui évoque une période plus optimiste de l’Histoire marquée par une foi inaltérable dans la nouveauté, les vertus du progrès et le caractère essentiel de la raison. Aujourd’hui, alors que les événements nous rappellent  que la raison ne joue qu’un rôle très limité dans un monde mû par des convictions véhémentes et irrationnelles, l’expression «la vie moderne» semble être le vestige d’un autre âge. Elle témoigne aussi d’une ambiguïté très nette: qualifier une chose de moderne, c’est l’imprégner d’une aura d’incertitude et suggérer qu’elle est à la fois obsédée par l’Histoire et tournée vers l’avenir. Cette ambiguïté évoque le caractère changeant de nos actuelles relations avec le temps et l’Histoire, bien loin de la prétention du modernisme classique d’étouffer et d’escamoter ses dettes envers le passé. Aujourd’hui, on ne saurait d’échapper à l’Histoire; notre seule possibilité est au contraire de nous confronter à son héritage et de le réparer.
Alors même que la mort du modernisme (un peu comme celle de la peinture) a été claironnée à maintes reprises ces cinquante dernières années, ces annonces prématurées reflètent ce désir très moderniste de rompre franchement avec le passé ou de réagir à celui-ci — une position qui nous empêche de voir et d’appréhender la situation actuelle et ses liens continus avec l’Histoire. En se démarquant de cette approche, les artistes de la 13e Biennale de Lyon se saisissent d’un modernisme hétérogène, transitoire, bricolé et transpercé par l’Histoire.

À partir de nombreuses ressources et en exprimant des positions et des visions décalées et ironiques, les œuvres de la Biennale explorent les concepts de simultanéité et de chevauchement culturels qui se distinguent des notions linéaires de l’Histoire. Tout au long de l’exposition, les visiteurs pourront voir des œuvres évoquant les différents héritages de l’ère moderne contre lesquels nous nous débattons encore aujourd’hui: la croissance de sociétés dominées par la consommation et la production culturelle des entreprises; l’omniprésence du packaging et de la pollution; les questions de l’utopie toujours menacée d’une égalité économique et sociale; et les conséquences de l’accélération et de la prolifération des nouvelles technologies, notamment parce que le réseau toujours plus étendu des communications électroniques restructure les cartes mentales de notre monde et nos relations aux images et aux objets, aux idées de travail et de loisir, et nos relations aux autres et à nous-mêmes.

Les œuvres présentées sont récentes, issues de différentes générations d’artistes. Une grande importance est accordée à l’affirmation de Marcel Duchamp selon laquelle le spectateur est responsable pour moitié de la compréhension d’une œuvre d’art. Il est essentiel que les visiteurs de la Biennale puissent la considérer comme la possibilité d’entamer de nouvelles conversations, plutôt que comme une déclaration ready-made.

Plus de 60% des artistes créent de nouvelles œuvres pour la Biennale. Même si une biennale est une exposition de dimension internationale, elle doit également s’ancrer  dans son territoire et en refléter les nuances culturelles et sociales. Par conséquent, «La vie moderne» présentera un grand nombre d’artistes français, dont plusieurs avec des œuvres qui reposent sur des histoires sociales et culturelles spécifiques à Lyon, notamment Ahmet Öğüt ou Fabien Giraud et Raphaël Siboni. Jeremy Deller et Marinella Senatore travailleront de concert pour présenter des oeuvres créées en collaboration avec des habitants de Lyon.

D’autres artistes se penchent sur l’actualité brûlante qui frappe non seulement la société française, mais aussi de nombreuses autres régions du monde. Kader Attia produira une  installation vidéo qui abordera les questions soulevées par la tragédie de Charlie Hebdo. La sculpture figurative d’Andra Ursuta, Commerce Extérieur Mondial Sentimental (2012) évoque les politiques incertaines liées à l’immigration.
La vidéo Landscape of Energy (2014) de Goang-Ming Yuan, réalisée après la catastrophe nucléaire de Fukushima, questionne les modes de production et de consommation d’énergie. Une nouvelle installation de Julien Prévieux explore quant à elle notre morale fluctuante à partir d’exemples de triche dans le monde du sport. L’œuvre d’Andreas Lolis, Monument to the Greek Crisis (2015), témoigne de la précarité de l’économie mondiale, tandis qu’une nouvelle installation majeure d’Otobong Nkanga évoque l’évolution des relations entre expériences subjectives et collectives de la vie contemporaine.

La Biennale proposera en outre une «salle des amateurs» où seront exposées les œuvres de producteurs culturels amateurs. L’une des plus importantes évolutions rendues possibles par Internet est la distribution à très grande échelle de la production culturelle de praticiens amateurs, c’est-à-dire de personnes qui ne se considèrent pas nécessairement comme des «artistes», mais créent néanmoins une culture visuelle pleine d’intérêt et propice à la réflexion qui mérite toute sa place aux côtés de l’art contemporain.

Pour conclure, la 13e Biennale de Lyon a pour vocation d’être un forum où les visiteurs peuvent réfléchir et s’interroger, imaginer encore et renouveler toujours nos représentations de la vie moderne, à partir d’œuvres capables de jongler avec plusieurs points de vue et de produire des perspectives qui, en cette période d’homogénéisation globale, se définissent par la différence plus que par les cadres prévisibles du «nécessaire».
Nous nous trouvons à un moment de l’Histoire où des bouleversements toujours plus importants se déroulent simultanément dans de nombreuses régions du monde, bouleversements qu’accompagne un retour vers des dynamiques sociales, économiques et culturelles surgies d’époques révolues: les œuvres de la Biennale nous proposent des manières de voir et de penser qui nous aident à questionner cette «nouvelle normalité» et peut-être même à reconstruire une idée de «la vie moderne» qui soit véritablement capable de répondre au paysage improbable du temps présent.

D’après Ralph Rugoff, commissaire invité
Les lieux
— La Sucrière: Les Docks, 47-49, Quai Rambaud, 69002 Lyon
— MAC Lyon: 81, Quai Charles de Gaulle, 69006 Lyon
— Musée des Confluences: 86, Quai Perrache, 69002 Lyon

Informations pratiques
Mar.- Ven.: 11h-18h. Sam.-Dim.: 11h-19h.
Nocturne (->21h) les vendredis: 18 sept., 9 oct., 20 nov. et 11 déc.

Liens

— «Ce fabuleux monde moderne»
— «Rendez-vous 15»
— «Anish Kapoor chez Le Corbusier»
— «Veduta»
— «Résonance 2015»
— «Copie Conforme…Moderne»
— «Yuan Goang-Ming, Before Memory»

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