DANSE | SPECTACLE

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27 Nov - 27 Nov 2018

Développant une écriture chorégraphique où s'entrelacent danse et musique, Maud Le Pladec livre une pièce où les deux sont même indissociables. Avec Twenty-seven perspectives, Maud Le Pladec et Pete Harden déconstruisent ainsi la Symphonie inachevée, en 27 moments chorégraphiques.

Pièce pour dix danseurs, Twenty-seven perspectives (2018), de la chorégraphe Maud Le Pladec, possède au moins deux colonnes vertébrales. La première s’ancre dans l’art contemporain, avec l’œuvre de l’artiste Remy Zaugg, 27 esquisses perceptives (1963-1968). La deuxième dans la Symphonie Inachevée (1822-…), de Franz Schubert. En tant que chorégraphe, Maud Le Pladec fait se rencontrer les mondes. Sa pièce Moto-Cross (2017), par exemple, rendait notamment hommage à son père. Dépeint comme DJ de disco-mobile, fana de compétitions de moto-cross, possédant une camionnette sur laquelle était représentée sa petite fille, danseuse, en tutu rose. Tout aussi imprégné de ce rapport passionné à la culture, Twenty-seven perspectives [Vingt-sept perspectives] offre une plongée dans la structure musicale. Et conjuguant danse et musique, la pièce de Maud Le Pladec scrute également une autre dynamique de création : l’obsession. Avec la complicité du compositeur britannique Pete Harden (Ensemble Klang).

Twenty-seven perspectives de Maud Le Pladec : 27 variations autour de Schubert

Peintre conceptuel suisse, Remy Zaugg a voulu décortiquer La Maison du pendu (1873) de Paul Cézanne. En vingt-sept esquisses descriptives, s’inscrivant dans une démarche de théorie de la perception. Monument de la culture collective, la peinture vibrante de Paul Cézanne fascine. Lui-même s’est beaucoup adonné à la variation, avec un rapport de différences et répétitions dans son travail pictural. L’autre monument autour duquel s’enroule la pièce Twenty-seven perspectives n’est pas une pièce chorégraphique, mais une composition musicale. Œuvre sourde, entraînante, la Symphonie no 8 de Franz Schubert a des allures de cyclone en formation. Et réunissant ces dynamiques d’expansion, Maud Le Pladec livre une pièce qui déconstruit l’essor, affine la lecture. Du compact symphonique, de ce qui entraîne presque malgré soi, elle tire des segments, des esquisses, différentes façons d’aborder l’euphorie. Parfois les dix danseurs forment un ensemble ; parfois un seul danseur décrypte une ligne de partition.

Obsessions et persistances : dénuder la structure de la musique jusqu’à la danse

Travail de lumière, d’espace, de chorégraphie et de composition musicale, le silence est également à l’œuvre dans Twenty-seven perspectives. Une absence musicale qui souligne alors d’autant mieux l’objet de la pièce. Quand les oreilles n’entendent pas la mélodie, les yeux cherchent d’autant plus à la reconstituer, dans les mouvements dansés. Plus qu’une traduction littérale, se déploie alors le lien entre écriture musicale et écriture chorégraphique. Le mouvement faisant musique. Mélodie orageuse, la Symphonie inachevée trouve dans Twenty-seven perspectives un volume de résonance. Un lieu qui tantôt amplifie, tantôt atténue, tantôt cible tel ou tel élément. Sans pour autant dérouler le morceau dans sa totalité. Et ce à la faveur d’un travail de composition porté par Pete Harden. Pour une pièce qui, en décortiquant la structure d’une musique monumentale, souligne la capacité de la danse à rendre palpable le mouvement, le rythme, l’entrelacs des corps et gestes. À retrouver pendant le festival Next 2018.