ART | EXPO

Weiter wird. Les abords

07 Juin - 18 Oct 2015
Vernissage le 06 Juin 2015

Lors de ses cheminements quasi quotidiens dans les paysages naturels ou urbains, Silvia Bächli saisit «un climat», perçoit des formes mouvantes au rythme de ses pas. Elle retranscrit ensuite sur la feuille de papier — dans des registres abstraits et parfois figuratifs — le fruit de ses observations, ses souvenirs et sensations.

Silvia Bächli
Weiter wird. Les abords

«Mon travail ressemble à un monologue à haute voix» dit l’artiste suisse Silvia Bächli qui évoque également la similitude entre sa pratique du dessin et la poésie, toutes deux relevant de l’avènement d’images préconscientes. Mes dessins «arrivent quelquefois comme des somnambules» ajoute- t-elle. Mais d’où arrivent-ils?

Il aura fallu d’abord une attention particulière portée aux détails et une disponibilité au monde. Lors de ses cheminements quasi quotidiens dans les paysages naturels ou urbains, elle saisit «un climat», s’emplit de sensations, perçoit au rythme de ses pas des formes mouvantes. Tout cela, elle les laisse advenir ensuite sur la feuille de papier, nécessairement fragmentés, tels des souvenirs épars et nébuleux frappés d’incomplétude mais dotés d’une énergie nouvelle générée par un geste qui engage tout son corps.

Aucun réalisme bien sûr mais une «transcription» toujours sensible de ses souvenirs et sensations dans un registre abstrait et parfois figuratif. Les lignes se déploient. Les traits dessinent des formes diluées, dans des couleurs pastelles ou des tonalités de gris. Elles semblent inachevées et vouloir se prolonger au-delà du papier, hors cadre, aux abords. Leur occupation de l’espace ménage une large place au blanc, au vide, ce qui n’est pas sans rappeler la calligraphie ou la peinture asiatique.

Une méthode analogue préside à l’accrochage des dessins lors de leur présentation publique. Mais plus que d’accrochage, il conviendrait ici de parler d’installation ou de composition tant au sens plastique qu’au sens musical. Car les accrochages de Silvia Bächli sont une mise en page visant à l’harmonie par opposition et complémentarité et à l’équilibre entre le plein et le vide. Petits et grands formats, dessins figuratifs et abstraits, dessins en noir et blanc et dessins en couleur alternent pour créer un rythme que le regard embrasse d’un seul tenant comme s’il s’agissait d’une seule et même œuvre avant de s’aventurer dans les détails que constituent chaque dessin individuellement. Et chaque interstice dans cette composition est autant un vide qu’un silence.

Au Frac Franche-Comté, les dessins sont accompagnés de photographies que l’artiste a réalisées avec son compagnon, l’artiste Eric Hattan, lors d’un séjour en Islande entre mars et juin 2008. Celles-ci sont disposées sur une longue et étroite table qui serpente dans le volume de la salle. Le tout compose une installation qui évoque par sa linéarité autant que par sa sinuosité la route nommée Hafnargata auprès de laquelle les artistes ont vécu durant ces quelques mois. Si ce dispositif renvoie directement à la notion de cheminement et aux promenades qui nourrissent les dessins de Silvia Bächli, il invite également le visiteur à se déplacer le long d’une ligne spatiotemporelle, les photographies étant présentées dans l’ordre chronologique de leur réalisation. Ainsi, Hafnargata évoque également un film qui se donnerait à voir dans son entier sans qu’aucune image ne s’efface jamais pour qu’apparaisse la suivante. Là encore, comme pour la présentation des dessins de Silvia Bächli, l’espace blanc qui sépare chaque photo, se veut un vide que le regardeur à tout loisir de combler par l’imaginaire.

Hafnargata n’est en rien illustrative ni documentaire. Les photos qui la composent ne sont pas non plus la source directe des dessins présentés. Il s’agit d’une œuvre parallèle et complémentaire qui donne pourtant des indices sur le regard de l’artiste, sur ce qui l’attache lors de ses promenades, sur ce qui l’a fait avancer…comme par exemple, l’apparition de la couleur dans ses dessins survenue après ce séjour en Islande et née de sa rencontre avec les maisons, les toits et objets,… tels des contrepoints colorés sur l’infini d’un paysage glacé et silencieux.