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Voyage dans ma tête

PPierre Juhasz
@23 Juil 2010

L’exposition de la Maison rouge ressemble autant à une exposition d’art brut qu’à un cabinet de curiosités. Il s’agit de la collection de coiffes traditionnelles d’Antoine de Galbert. Trois cent cinquante pièces venant d’Afrique, d’Asie, d’Amérique du Sud ou d’Océanie.

Des têtes d’animaux étranges, des parures de plumes en éventail, des matériaux disparates assemblés, comme du rotin, des fibres d’orchidée, de la fourrure d’ours, des coquillages gravés des perles, un crâne de singe, des cornes de mithun ou, plus loin, des cheveux, des pigments naturels, de la paille et du tissu, ou encore, de plume, d’os, de fibres végétales, de poils de porc-épic, l’installation qui se déploie devant les yeux du visiteur ressemble autant à une exposition d’art brut qu’à un cabinet de curiosités.

Il s’agit de la collection de coiffes traditionnelles qu’Antoine de Galbert, fondateur de la Maison rouge, a constituée depuis quinzaine d’années. Trois cent cinquante pièces sont présentées, venant de d’horizons divers, d’Afrique, d’Asie, d’Amérique du Sud ou d’Océanie.

C’est un ensemble impressionnant par la qualité plastique de ces objets de parure rituels, de ces couvre-chefs à caractère symbolique, de ces casques et couronnes, impressionnant par leur nombre, par la qualité de leur présentation et par la thématisation de leur regroupement.
Au commencement était le cheveu, Le Mimétisme animal, L’Homme-plume, Le Vertige du sacré: prêtres et sorciers, ou encore, Les Théâtrales: éloges du simulacre sont, parmi d’autres, les titres des parties qui constituent l’exposition.

La mise en espace crée des rencontres fécondes entre les pièces réunies et fait que l’exposition affirme moins un caractère ethnographique — toutefois accessible —, que la mise en évidence de ce que partage l’ensemble de l’humanité à travers la coiffe, élément qui, somme toute, sépare, tout en le reliant, la tête — le crâne —, du ciel.

Chaque pièce bénéficie d’une information claire précisant les matériaux, la provenance, la dimension symbolique ou rituelle. «L’exposition “Voyage dans ma tête” se veut avant tout une fête pour les yeux, ce qui ne nous interdit pas de renseigner le public, le mieux possible sur la provenance des objets», livre Antoine de Galbert.

Reviennent en mémoire, au cours de la déambulation, les notions que Walter Benjamin attribuait à l’œuvre d’art: la valeur cultuelle et la valeur d’exposition, cette dernière, selon lui, s’étant substituée à la valeur cultuelle, au cours de l’histoire. Les coiffes étonnent par leur valeur d’exposition. Mais leur fond cultuel est bien présent et chacune d’elle déploie une aura. Il y a en effet une véritable magie qui se dégage de cet ensemble et ceci d’autant que chacune des coiffes, en suspens d’être portée, crée une étrange impression de présence. En ce sens, une galerie de portraits d’hommes et de femmes portant ces ornements permet d’appréhender ces parures en situation.

Le parcours est ponctué par quelques œuvres contemporaines donnant à voir le lien entre l’expression artistique actuelle et les productions de ce que l’on a pu nommer un «art primitif» — une fresque commandée à Jean-Michel Alberola, un assemblage de Théo Mercier, un néon d’Olivier Babin, ou encore une vidéo de Chantal Petit. Enfin, le parcours s’achève par une vitrine présentant une sélection de coiffes précieuses par leur rareté et leur caractère historique, coiffes empruntées au musée du quai Branly.

«Voyage dans ma tête» est une exposition étonnante dont l’intérêt réside non seulement dans le feu d’artifice plastique qu’elle offre au regard, mais aussi dans ce qu’elle met en jeu et en scène: la question de la ressemblance — nombre de coiffes s’inspirent des formes animales —, celle de l’ornement, celle d’un accessoire vestimentaire ou rituel ou de parade avec lequel l’accessoire devient lui-même l’essentiel, celle de la fonction rituelle et symbolique des objets en fonction des cultures et des ethnies et, plus généralement, à travers le décloisonnement tant géographique que culturel, à la croisée d’un art populaire, d’un art «primitif» et d’un artisanat, un questionnement salutaire de ce qu’est l’art lui-même.