ART | CRITIQUE

Views on politics and poetics

POrnella Lamberti
@07 Mai 2011

Exposition sans réelle unité dialectique — l’idée étant de réunir des œuvres d’artistes à l’aune du goût personnel de la curatrice et propriétaire de la galerie Frédérique Valentin — «Views on politics and poetics» entend redonner de l’autonomie à chaque pièce. Pari réussi?

«C’est proposer de s’arrêter, simplement, en regard ou en pensée, sur des œuvres qui se seraient échappées de leur contexte originaire de monstration, soustraites aux limites factuelles de leur propre actualité pour engendrer de nouvelles perspectives d’interprétation», explique le communiqué de presse de l’exposition «Views on politics and poetics».
Si l’idée est noble sur le papier — décontextualiser, déterritorialiser des œuvres pour leur rendre leur force originelle —, le parti-pris est, dans les faits, difficile à défendre. Car repenser des modes d’exposition tient de la maestria.

On pourrait subodorer un parti-pris quasi-benjaminien, une envie de redonner leur «aura» primordiale aux œuvres exposées dont l’unité est souvent dissimulée par un discours étouffant. Mais l’autonomie d’une œuvre lui est-elle intrinsèque — l’exposition du dernier Caravage et de ce seul tableau cet hiver à Amsterdam se suffisait à elle-même, il est vrai; ou existe-t-il des œuvres mineures qui ne peuvent se révéler sans d’autres qui les aident à faire sens? Comment s’en sortent les pièces exposées de «Views on politics and poetics»?

Réunies au sein d’une même salle, les œuvres, dont les enjeux formels et intellectuels divergent, peinent à coexister intellectuellement dans un même espace.

Se côtoient ainsi la reproduction d’un mobilier de jardin de grande consommation patiemment reproduit à la résine par Etienne Bossut; les collages bruts aux matériaux hétéroclites de Michael Bauer; une peinture de Laurent Grasso mêlant des signes de la modernité à des compositions classiques; une sculpture en apparence foutraque et en réalité extrêmement pensée dans ses équilibres et ses formes de David Renggli; une œuvre cubiste de la fausse artiste contemporaine Donelle Woolford imaginée par Joe Scanlan. Entre autres.

Si les œuvres exposées sont de qualité, chacune de leur voix semble perdue parmi la multitude de discours présents. Au lieu de dialoguer, elles soliloquent toutes de concert.

Problème épineux donc, que celui qui consiste à vouloir repenser les modes de monstration des œuvres au sein d’une exposition. Que signifie d’ailleurs une exposition qui ne serait pas mise en lien d’œuvres? Comment établir un lien en tablant uniquement sur l’unité de chacune des œuvres exposées?

Montrées à distance respectable les unes des autres, les œuvres de «Views on politics and poetics», ne s’entrechoquent malheureusement que bien peu. Au sens géographique comme au sens dialectique du terme.

Liste des œuvres
— Etienne Bossut, Fantôme du jardin, 2005. Moulage polyester. Dimensions variables
— Joe Scanlan, Hillbilly accent, 2005. Bois, céramique, papier jaune, métal, colle. 102 x 81 x 81 cm
— Joe Scanlan, Wall drawing, 2008. Bois, peinture tempera, colle à bois. 71 x 106 x 61 cm
— Joe Scanlan, Double Positive, 2009. Bois compressé, palettes de transport, film plastique. 80 x 60 cm
— Donelle Woolford, Che Casino!, 2008. Chutes de bois, colle à bois, vis. 65 x 52 x 6 cm
— David Renggli, Strippen für piepen in dunkel, 2010. Métal, peinture. 100 x 65 x 100 cm
— Luca Francesconi, Eco delle Stelle, 2010. Acrylique sur papier journal. 40 x 55 cm
— Aloïs Godinat, Table basse et bâtonnets, 2010. Bois, métal. 20 x 50 x 90 cm
— Laurent Grasso, Studies into the past, 2010. Huile sur panneau de chêne encadré. 39,5 x 43 cm
— George Henry Longly, Decades, 2011. Plâtre et pigments colorés. 147 x 238 cm
— Luca Francesconi, AfriKa 3000, 2011. Huile et acrylique sur toile. 50 x 40 cm
— Michael Bauer, Horns Horns, 2011. Technique mixte, huile sur papier. 80 x 60 cm
— Michael Bauer, K.C. 1973, 2011. Technique mixte, huile sur papier. 80 x 60 cm
— Niels Trannois, Woodwardia radicans, 2011. Photocopie, collage, huile, tissus, impression. 40 x 30 cm
— Niels Trannois, 15.15 (something delightfuly obscene about this salty taste), 2011. Huile, paillettes, poudre de marbre sur bois. 89,5 x 110 cm.