PHOTO | CRITIQUE

Valerie Jouve

PPaul Brannac
@19 Fév 2009

Situations ou Personnages, selon le titre des séries photographiques de Valérie Jouve, les grands formats couleur exposés galerie Xippas paraissent vouloir nous mettre chacun en compagnie de ceux qui y figurent. Proximité et vivre-ensemble comme l’on dit de nos jours dans la politique de la ville…

Avant d’en venir à ces portraits, deux polyptiques (Composition 1 et
Composition 2
) arrêtent le regard. Ces montages de quatre images chacun, parfois collés à même la cloison, sont conformés par des vues diverses de chantiers en cours. Démultipliant les pans de murs extérieurs et intérieurs, Valérie Jouve laisse deviner le passage sur eux des hommes et du temps : effleurements de truelles, patines de crasse, marques de feu, oripeaux de tapisseries, griffures, estompes de crépis, apparitions des pierres anciennes.
Un instant on s’arrête sur les paroles de ces monuments en sursis, sur des traces de la durée du bâti éphémèrement mises à nu. Pourtant, le regard passe trop vite sur ces compositions hétérogènes, comme si l’objectif de la photographe ne s’y était pas non plus alenti suffisamment. Beaucoup de choses, en somme, eussent pu être dites encore et l’adjonction d’un portrait humain reste muette elle aussi. Pourtant l’on sent bien que c’est de ce portrait que procède le regard porté aux habitats désœuvrés.

Passants plus ou moins connus placés dans la ville ou célébrités de dos contemplant le site de leur future grande œuvre (Untitled. Les Personnages avec Richard Serra), les figures des clichés de Valérie Jouve en constituent en effet les motifs centraux. Ils sont nets, en couleur, fixes, flous, absorbés ou en action; tendus vers le ciel ouvert, vers les verrières restaurées ou en friche; penchés sur le monde, agrippés à la balustrade comme à l’autre.
Chaque critique les attachera à ses catégories : photographie sociale, photographie humaniste, postmoderne, vraie, urbaine, périphérique urbaine même, contemporaine pourquoi pas. Ce qui est certain c’est que les clichés de gens, en grand format, en couleur, en situation de leur quotidienneté, sans fard mais sans cruauté non plus, sans effets virtuoses de la technique, sans indifférence au monde mais sans engagement non plus, sans risque en somme, bref, cette photographie là de la monstration neutre — «photographie sans» pourrait-on dire — est en vogue.

Un certain ennui se dégage donc de ces œuvres, ce qui est ennuyeux si elles ambitionnent de nous faire sentir les présences. Car on n’a rien à dire, rien à faire avec ces présences, on ne peut pas participer; l’ennui est cet éloignement. Certes, ces gens nous ressemblent, ils ne sont ni beaux, ni laids, pauvres non plus que riches, vieux et jeunes, d’origines diverses, leurs actes ni leurs visages ne sont particulièrement captivants; ils sont moyens.
La représentation photographique s’est souvent attardée sur les gens moyens avec profit (car enfin, les extraordinaires, les étoiles, les corps éphèbes manière melting-pot biblique des salmigondis racoleurs et pet-en-l’air de David LaChapelle sont pareillement ennuyeux, et autrement poisse-à-l’œil) mais ces représentations du commun s’attardaient sur les gens.
La photographie de Valérie Jouve, quant à elle, loin de réifier ses modèles, ne dit toutefois rien sur eux, et guère plus sur les espaces architecturés qui les cernent. On voit sans voir, sensation ni vision. Or, manifestement, les gens moyens ne souffrent pas d’art moyen.

Valerie Jouve
Sans titre (Les personnages avec Dominique Montembault) 2001-2009. 100 x 130 cm
Sans Titre (Les Personnages avec Julie Nioche et Abidou Djogbenou) 2007-2009. 100 x 130 cm
Sans Titre (Les Personnages avec Michel Larue et Emilie Lam), 2007-2009. 100 x 130 cm
Sans Titre (Les Personnages avec Tania Carl) 2008. 60 x 70 cm
Sans Titre (Les Figures avec Rachid Ouramdane), 2007-2009. 170 x 210 cm
Sans Titre (Les Personnages avec Claire Deniel) 2008-2009. 100 x 130 cm

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