PHOTO | EXPO

Valérie Belin

07 Nov - 08 Jan 2009
Vernissage le 06 Nov 2008

Les nouvelles photographies de Valérie Belin mettent en scène des assemblages de fleurs ainsi que des personnages issus du spectacle - une danseuse du Lido et un magicien -, et traitent du caractère onirique et illusoire de l’image.

Valérie Belin
Valérie Belin

Une « nouvelle » Valérie Belin

Pour sa toute première exposition à la galerie (qui la représente depuis l’automne 2007), du 7 novembre 2008 au 8 janvier 2009, Valérie Belin dévoilera trois nouvelles séries de photographies en noir et blanc, qui marquent un réel tournant dans sa démarche.

Au moment même où plusieurs musées européens lui consacrent une grande rétrospective, cette exposition donnera l’ampleur de l’évolution de l’artiste dans sa démarche et témoignera de sa nouvelle liberté dans le traitement du sujet.

Dans ses premières séries, notamment celles consacrées aux vases et verres en cristal (1993) ou à l’argenterie (1994), Valérie Belin travaillait uniquement sur le spectre lumineux des objets, sur le dessin créé par la lumière, en restant très proche du procédé originel de la photographie.

Comme dans la sculpture, ce travail d’empreinte, en positif ou négatif, donnait une réalité tangible à des sujets à l’identité prédéfinie, tels les bodybuilders (1999), les mariées marocaines (2000) ou les transsexuels (2001).

L’apparition des nouvelles technologies de l’image a eu pour conséquence chez l’artiste un éloignement progressif du caractère indiciel de la photographie au profit d’un traitement plus libre, voire plus pictural du sujet.

Dans les portraits antérieurs, comme ceux des mannequins (2003) ou des modèles (2006), le spectateur était amené à questionner la réalité, vraie ou fausse, des sujets photographiés.

Aujourd’hui, les personnages semblent émerger de la sphère du virtuel, leur existence semble soudain mise en doute par l’image que l’artiste nous en donne…

Les nouveaux portraits de Valérie Belin ne relèvent plus d’une esthétique proprement photographique, mais telles des peintures, ils s’apparentent à une vision onirique, à une interprétation particulière du sujet, propre à l’artiste.

En lui offrant la possibilité de changer de technique d’impression et de support, de choisir la couleur ou le noir et blanc selon l’effet de sens recherché, les outils technologiques contemporains ont amené l’artiste à envisager la photographie au-delà de sa nature analogique, comme moyen de crée une pure image.

Les personnages de ses nouvelles séries sont dédiés à l’image. Ils créent une image devant nous – ainsi de la danseuse du Lido et des magiciens illusionnistes, tous acteur d’un spectacle.

Le cadrage et la mise en scène utilisés pour la danseuse du Lido présente une certaine similarité avec les portraits de métisses (2006), mais dans un rapport inversé. Les filles photographiées alors nous apparaissaient toutes semblables, avec des physiques très ressemblants, bien que toutes différentes, portant des tenues vestimentaires similaires, différenciées essentiellement par la couleur de chacune.

Cette fois, c’est une seule et même fille qui change de costume à chaque image tout en gardant une posture identique et une même expression du visage. En figurant sur ces portraits avec le même professionnalisme que sur scène, cette danseuse du Lido « fait » image et montre l’évolution du sujet comme motif « a priori » dans le travail de Valérie Belin.

Les costumes hybrides de la danseuse, évocateurs des différents tableaux de la revue, ont été choisis spécialement pour leurs influx variés : le cinéma de Fellini, un pays étranger et son folklore, une nature où la femme se mêle à l’animal…

L’artiste a été ici attirée par le caractère fantastique et anachronique de costumes sans brillants ni paillettes, qui placent le sujet dans une dimension atemporelle, loin de son contexte initial.

La danseuse du Lido évoque tout à coup le Moyen-âge fantastique, sa bizarrerie a finalement la beauté d’une gargouille. Cet onirisme du portrait est renforcé par l’effet de duplication démonstratif et revendiqué qui constitue la série.

La série des magiciens, qui renvoie aussi au monde du spectacle, emphase quant à elle les caractères illusoires et dramatiques des personnages, comme au cinéma.

Toujours en noir et blanc, elle figure 5 personnages différents, en train de battre des cartes… Pour tenter de saisir l’illusion qui n’est pas photographiable intrinsèquement, Valérie Belin introduit le mouvement dans l’image ; c’est ce mouvement qui va donner son sens illusoire à l’image.

La dichotomie entre le mouvement des cartes enregistré par la photographie et l’immobilisme statique du personnage confère à ces images un caractère dramatique flagrant. Le spectateur peut se demander si ce sont vraiment des magiciens ; le mouvement des cartes évoque plutôt le jeu, « le joueur » et rappelle certains personnages emblématiques du cinéma noir hollywoodien des années 50.

La lumière particulière utilisée pour cette série renforce l’effet cinématographique: des sources d’éclairage multiples créent des rayons affleurant qui dessinent le contour lumineux des silhouettes. Cet effet de luminescence dématérialise le sujet et évoque lui aussi le cinéma noir américain, où les personnages semblent littéralement vibrer sur l’écran.

La dernière série en date, celle des bouquets, révèle bien plus encore cette sorte de réalisme magique qui caractérise les nouveaux
travaux de l’artiste. Il se dégage de cette série de photographies une esthétique qui fait penser à celle du rêve par sa structure diffuse, dynamique, presque en apesanteur.

Ces 5 assemblages de fleurs, tout en gardant leur harmonie naturelle, semblent avoir subi une irradiation – ou à proprement parler une solarisation, qui les ramène à l’immatérialité de l’image négative. Cette mutation de la chair des fleurs en motifs quasi monochromes est accentuée par la technique d’impression des images (encres sur papier), choisie pour son manque
de définition et ses aberrations.

Faisant fi des présupposés techniques liés à une certaine tradition photographique, Valérie Belin situe désormais son objet au sein des évolutions, parfois inquiétantes, de son époque : ses nouvelles oeuvres montrent une nature hybride qui place le sujet entre l’organique et le sublime.

Tout parait donc possible désormais.

Catalogue

Un catalogue bilingue français / anglais est publié par la galerie à l’occasion de cette exposition.
Texte de Larisa Dryansky. Toutes oeuvres exposées reproduites en pleine page.
Edition limitée à 2000 exemplaires. ISBN 2-912303-28-1.

Hors les murs

Belin/Manet
Correspondances Musée d’Orsay
8 octobre 2008 – 1er février 2009