PHOTO | CRITIQUE

Under Water

PStefania Angelini
@16 Mar 2009

C’est une invitation au voyage, un voyage sous-marin, accompagné de divines apparitions, que nous propose Philippe Chaume. Quelques minutes à peine suffisent à nous désaltérer, le travail des deux artistes n’a pas fini de nous étonner.

Si ces visages angéliques vous évoquent les gravures de mode de chez Milk, Vogue, ou CitizenK, c’est tout simplement que le couple tchéco-allemand vit de cette photographie publicitaire. C’est avec un peu de réserve que les deux créateurs pénètrent les murs de la galerie d’art et tentent cette nouvelle expérience d’abord à Berlin puis à Paris.

Under Water est une série de photographies numériques prises sous l’eau.
L’univers angoissant de l’exposition précédente de René & Radka est ici modulé. Alors que les références de la série Come and Play With Us For Ever and Ever étaient directement tirées des productions anxiogènes de Kubrick, avec des clichés comme celui des petites à la chevelure décolorée sur le tourniquet rouillé, ici, c’est l’effet de lumière propre à l’univers hitchcockien, ainsi que les profondeurs obscures du bassin qui nous font frissonner.

Mais pourquoi donc plonger ces jeunes corps innocents dans un environnement étranger, menaçant (puisque la plupart ne savaient même pas nager)? René & Radka suscitent donc une fois de plus des controverses, des dissonances, plus subtiles à identifier.

Tout d’abord se pose la question de savoir si oui ou non les corps sont dans l’eau. En effet, la scénographie prend place dans une piscine où les photographes n’ont pas hésité à plonger fauteuils, balancelle, tapis rouge, et… modèles vivants. Si les photos ont été retouchées dans un souci stylistique de netteté, de transparence, tout a été dirigé depuis le fond diaphane d’une piscine.

René & Radka nous précipitent dans un monde fantastique. A l’alliance de l’eau avec la civilisation et la création, l’homme ajoute ses fantasmes, donnant libre cours au rêve, à l’imagination, élaborant des créatures féeriques ou monstrueuses, faisant naître l’effroi. Et si l’une des fillettes, apparemment imperturbable, se mettait à s’agiter, écarquillant les yeux, prise de convulsions?…

Au contact de l’eau, la lumière se métamorphose en pluie d’or venant caresser la petite Danae de Sunset. Certains jugeront ce tirage argentique alarmant, tant par l’expression du modèle, inerte, qui semble s’être immergé afin d’échapper à quelques violences, que par le rythme turbulent des cheveux d’or. Le monde des princesses-sirènes suscite bien des émois !

Pourtant, les clichés montrent des femmes attrayantes et de ravissantes petites filles. Rien d’indécent, rien d’outrancier, juste un univers adroitement ambivalent! La femme-vampire de Dark Mirror, cigarette à la main, se pavane face au miroir, hymne à la beauté et à la séduction. Les yeux fermés, le mystère du reflet à capter l’irréel nous invite à la méditation.
Les jeunes femmes aux corps laiteux et parfaitement modelés, chaussées de talons aiguilles sortis tout droit du dernier défilé, adoptent des postures langoureusement étudiées. Quant aux petites filles, leurs corps paisibles, ornés de fleurs et de tutus roses évoquent un monde sage, pur, vierge.
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