ART | EXPO

Tristes utopies

11 Mar - 11 Avr 2009
Vernissage le 11 Mar 2009

Les oeuvres rassemblées ici ont pour dénominateur commun la représentation d’animaux. Le face à face avec les animaux nous confronte à nos rêves et nos désengagements, nos aspirations et nos contradictions. Quand l’humanité des animaux fait réfléchir à l’animalité des hommes.

Andrea Blum, Damien Deroubaix, Mark Dion, Bruno Perramant et Patrick van Caeckenbergh
Tristes utopies

L’exposition Tristes utopies réunie les oeuvres d’Andrea Blum, Damien Deroubaix, Mark Dion, Bruno Perramant et Patrick van Caeckenbergh, dont le « dénominateur commun » est la représentation d’animaux. Chacun des artistes nous charme, nous confronte, nous amène et nous ramène au gré de leurs univers spécifiques.

L’occupant de la pièce d’Andrea Blum, In bed with a cold blooded animal, un lit de repos pour deux, le partage avec un compagnon froid, silencieux et passif.

Cette oeuvre parle de la complexité de notre monde, sa confusion ; de la mécompréhension et des ruptures de communication. La conception du lit de repos met en miroir un ensemble de rapports psychosociaux entre l’homme et le représentant de certaines de ces propres caractéristiques : le lézard. Damien Deroubaix réalise des peintures sur papier qui sont remplies du fatras des excès de la société, entre morbidité, vanité et réalité contemporaine.

Ses oeuvres sont des collections de signes à la composition complexe et à la signification parfois équivoque. L’aquarelle est associée à l’acrylique, les fonds et les surfaces opèrent de savants jeux de délavé, les collages et les tracés les plus fins se superposent. Des ampoules noires, des carcasses de boeufs, une fameuse radiographie des poumons où la colonne vertébrale est constituée de Deutsch Mark et le coeur remplacé par une croix gammée. Des squelettes d’enfants, des mâchoires de requins, des gueules béantes…

L’artiste français est obsédé par les questions d’impérialisme, de pouvoir et de guerre dont les emblèmes utilisent, entre autres, la figure animale.

Face aux trois oeuvres de Mark Dion, nous nous interrogerons sur les différentes relations que nous établissons avec notre environnement :

Il s’agit pour l’artiste de parler de ses préoccupations sur les conséquences à long terme de la colonisation du milieu naturel par l’homme, notamment en Antarctique et dans la forêt tropicale, qui ont captivé l’imagination de nombreux explorateurs durant les siècles derniers et ont été épargnées de toutes interventions humaines jusqu’à très récemment.

Le corps de l’ours blanc représente l’écran de projection de nos peurs et fantasmes inspirés par le monde sauvage. L’ours polaire est l’un des derniers animaux sauvages qui pose régulièrement problème aux populations humaines, car malgré notre sentiment grandissant d’avoir réussi à maîtriser la nature, l’ours polaire est toujours capable de nous terrifier.

Mark Dion a photographié des ours polaires empaillés ou encore leur squelette dans divers musées d’histoire naturelle, jardins botaniques, zoos, académies des sciences de par le monde.

Cette oeuvre « répond » à la pièce Polar Bears and Toucans (from Amazonas to Svalbard), 1991 – qui souhaitait anticiper sur les conditions de préservation des ours dans le monde – l’alerte était notamment évoquée par le biais de la bande audio diffusée par le radiocassette que l’ours tient dans sa gueule : un enregistrement de chants de toucans en Amazonie, autre espèce en danger.

Seize ans après, Mark Dion met un point final à sa réflexion, sa dernière oeuvre avec un ours polaire – dans le sens où Mark Dion arrête d’utiliser l’ours polaire dans ses oeuvres – présente cette fois le constat de leur situation.

La caisse de transport de l’oeuvre constitue le socle de la pièce, procédé couramment utilisé par l’artiste afin de mettre l’accent sur l’échange permanent et commerçant de notre époque envers les biens de toutes sortes.

Il s’agit d’une cage-bibliothèque contenant une dizaine d’oiseaux vivants ainsi qu’un arbre, des mangeoires et des livres.

Un des gestes majeurs de Mark Dion est de mettre au premier plan, non pas la nature, mais l’interface entre la nature et l’histoire des disciplines, entre la nature et les discours d’étude dont elle fait l’objet. Une interface particulièrement sujette à la parodie, comme dans le cas de cette pièce.

La rencontre entre les livres et les oiseaux met en scène une tentative de retour au source : les systèmes du savoir fabriqués par l’homme d’un côté et de l’autre un royaume au-delà de ces systèmes : la Nature, dont les caractéristiques demeurent inconnues et méconnaissables.

Les oiseaux ne sont pas là juste pour tenter de comprendre comment leur espèce est décrite ou étudiée dans les livres. Les oiseaux voient comme nous les livres, mais surtout ils participent en tant que critiques constituants d’une oeuvre qui présente les références historiques qui les concernent.
L’humour volontiers absurde de cette pièce souhaite confronter les limites du savoir scientifique à la réalité du monde naturel.

Bruno Perramant questionne avec pertinence la peinture et ses enjeux. Tout en se nourrissant de notre environnement quotidien et de références littéraires, il offre une belle place à la représentation symbolique dans son travail.

Ainsi, lorsqu’il est impossible d’introduire une figure humaine, le vivant s’incarne dans l’animal. Le thème de l’absence est alors doublement perceptible, à l’absence « humaine » s’ajoute la mise à l’écart du sujet par le vide désigné par le chien, la chouette, ou bien ici, les hérons. Le spectateur est ainsi renvoyé à sa propre présence et/ou absence au monde.

Citation de l’artiste : « Des diptyques comme Parenthèse sont centrés sur du vide, littéralement et physiquement. Ce vide ne vaut que par son potentiel de réserve créative et le manque crée une perception accrue du visible. »

Précarité et métamorphose (ou transformation) se confondent sans cesse dans le travail de Patrick van Caeckenbergh. C’est pour cette raison que les oeuvres que l’artiste nous propose sont la plupart du temps des exercices d’hybridation dans lesquels la digestion ou le « devenir-animal », ou « végétal », jouent tour à tour des rôles prépondérants.

Ses oeuvres sont des états « entre-deux », affirmant leur ambivalence plastique et narrative. Quiétude et inquiétude se mêlent dans ses pièces qui explorent diverses techniques et supports multiples, allant du collage à l’esthétique relationnelle. L’influence du surréalisme belge semble aussi très présente car son oeuvre se compose également d’objets, d’assemblages et d’accumulations.

Comme dans un jeu de rôles, Van Caeckenbergh endosse tour à tour celui de l’anthropologue, du généalogiste, du biologiste, du naturaliste, du scientifique ou du philosophe. Il conçoit dessins et collages dans un esprit parfois faussement scientifique afin de mettre en avant l’aspect ludique de ses interventions. C’est dans ce mélange des genres que s’élabore une alchimie entre la vraie vie, rêvée, et le rêve qui prend forme au travers d’objets détournés de leur fonction première.

Comme toujours depuis les fables de Jean de la Fontaine ou les « prédictions » de Georges Orwell, le face à face avec les animaux nous confronte à nos rêves et nos désengagements, nos aspirations et nos contradictions. Quand l’humanité des animaux fait réfléchir à l’animalité des hommes.

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