ART | EXPO

Tiger Escape

17 Nov - 31 Jan 2007

Christine Rebet articule la rencontre entre mise en scène, subconscient et dessin. Peinture, cinéma d’animation ou film, les recherches de Christine Rebet ont pour thèmes centraux le théâtre, le déséquilibre, la déstructuration, la quête d’identité et la métamorphose.

Christine Rebet
Tiger Escape

Christine Rebet articule la rencontre entre mise en scène, subconscient et dessin. L’artiste française installée à New York s’est composé un univers surréaliste très personnel au travers de dessins et de films d’animation proches de l’écriture automatique. Elle prête vie à des héros abracadabrants, dans des chorégraphies à la limite du théâtre de l’absurde. Peinture, cinéma d’animation ou film, les recherches de Christine Rebet ont pour thèmes centraux le théâtre, le déséquilibre, la déstructuration, la quête d’identité et la métamorphose.

La base de ce projet est un fait-divers survenu sur l’île de Coney Island, au large de New York au début du XXe siècle. En raison d’un malheureux incident, le parc d’attraction Dreamland fût détruit par les flammes en l’espace de quelques heures. L’accident rappelait de façon dramatique « Fighting the flames » (combat contre les flammes), l’attraction phare du parc lors de laquelle de valeureux pompiers venaient à bout d’un incendie faisant rage dans un hôtel, après avoir évacué les spectateurs de l’immeuble de six étages. Mais cette fois là, l’incendie de Dreamland n’était pas une mise en scène. Le réel avait eu raison du spectaculaire et du factice.

Pour son exposition « Tiger Escape » à la Galerie Kamel Mennour, Christine Rebet revisite les décors imaginaires du drame et propose, à travers une série de dessins à l’encre, un premier volet scénique interprété par un casting fictif des personnages disparus de Dreamland : public, acteurs et employés, animaux.
L’animation-vidéo « Tell me about your dreams » (filmée en 16 mm.) se consulte sous la forme d’un échange entre deux interprètes des attractions de Dreamland, un tigre devenu psychanalyste et sa jeune patiente. Leur conversation analyse les désillusions de leur profession et la notion d’utopie. L’installation « Fighting the flames » représente la fuite cyclique et mécanique de l’employé pompier d’un spectacle de Dreamland. Le module animé se présente sous la forme d’un jouet en plastique se déplaçant sur un axe rotatif.

Ici, les deux installations suggèrent une mécanique incessante, oscillant entre burlesque et carnavalesque, confrontant le tragique d’un évènement à ses conséquences. Leur schéma évoque les théories du philosophe présocratique Zeno, membre de l’Ecole d’Eléatique fondée par Parmenides. Inventeur de la dialectique, Zeno est surtout connu pour ses paradoxes, dans lesquels il essaye de prouver l’immobilité du mouvement. Dans le paradoxe décrit dans le livre XI de l’Iliade et l’Odyssée, le personnage d’Héraclès tire continuellement une flèche de son arc restant à jamais immobile. L’action condamnée à se répéter éternellement ressemble à l’expérience de « mouvement immobile » du rêve : malgré une activité mentale incessante, le Héro est condamné à rester figé dans le même espace temps.

L’espace sonore de l’exposition évolue au gré du récit mythique de Tiger Escape, en une balade musicale faisant intervenir un acteur distancié et un spectateur narrant le drame. La machine à spectacle est également génératrice de sons mécaniques s’orchestrant dans une mélodie déstructurée et libératrice. L’alliage visuel et sonore mis en place dans l’exposition évoque les phénomènes magiques des tous premiers dessins animés musicaux, où chaque image était dessinée pour correspondre à un son. L’animation acousmatique et imaginaire de Tiger Escape met en scène les personnages disparus de Dreamland, sujets désirants, dans un scénario mettant en scène le désir en tant que tel.

Article sur l’exposition
Nous vous incitons à lire l’article rédigé par Natalia Grigorieva sur cette exposition en cliquant sur le lien ci-dessous.

critique

Tiger Escape