ART | CRITIQUE

Tiger Escape

PNatalia Grigorieva
@12 Jan 2008

S’inspirant d’un tragique fait divers, l’artiste Christine Rebet a imaginé toute une farandole de personnages au sein d’un univers très personnel. La Française installée à New York élabore des dessins et des films d’animation. Son exposition fait écho à celle de Peter Granser: elle aussi, prend pour décor la péninsule de Coney Island.

Après le succès de Luna Park inauguré sur Coney Island en 1903, les promoteurs immobiliers et les politiciens locaux décidèrent d’aller encore plus loin, en mettre plein la vue aux spectateurs qu’ils comptaient attirer par milliers sur la terre promise des loisirs et du divertissement.
C’est ainsi que Dreamland vit le jour et parmi ses attractions les plus impressionnantes, le parc comptait Fighting the Flames, une mise en scène où près de 120 pompiers se battaient contre les flammes ravageant un hôtel et Hell Gate qui proposait aux visiteurs un voyage dans les entrailles de l’enfer. Cette dernière attraction fut à l’origine d’un spectaculaire – et réel – incendie en 1911 qui consuma le parc tout en entier pour ne laisser qu’un champ de cendres fumantes.

Le réel prenant le pas sur le factice est au centre du travail de Christine Rebet. «Tiger Escape» s’approprie le drame de Dreamland et ses victimes deviennent les protagonistes d’une histoire imaginaire. Les dessins oscillent entre burlesque et effroi, la globalité tragique d’un évènement se confronte aux individualités et au destin personnel de chaque protagoniste du drame.
Le public, les employés, les acteurs, les promoteurs immobiliers, les politiciens, les animaux, les faux pompiers sont autant de personnages constituant le casting de l’artiste, détaillé dans une série de dessins en petit format accompagnés de mots et de phrases dont le sens est plutôt opaque. «Score of a Lady Run», «Perfume Essay» ou encore «Talk to your Analyst Stroboscopic Vocal».

L’animation «Tell me about your Dreams», filmée en 16 mm, est un prolongement, tout aussi opaque, mais beaucoup plus onirique, de l’incident tel que fantasmé par Christine Rebet. Il relate l’entretien entre deux personnages: une danseuse et un lion réincarné en psychanalyste. La musique tout en installant une ambiance sonore dans l’exposition toute entière, rythme l’échange entre le médecin et sa jeune patiente, laisse le spectateur imaginer les paroles prononcées lors de la consultation.

L’ensemble du travail de Christine Rebet est une sorte de confrontation entre réalité historique et moments suspendus, entre conte de fée merveilleusement illustré et séquences désarticulées d’un rêve. Mais on peut regretter le fait que «Tiger Escape» s’inscrive dans une mode née au temps du surréalisme et qui est aujourd’hui plus populaire que jamais. En effet, depuis René Magritte et sa pipe qui n’en était pas une à en croire le commentaire qui l’accompagnait, on ne compte plus les Jonathan Pylypchuk, les Glen Baxter, et autres adeptes de dessins, de peintures et de collages au sens incertain, mais que l’on devine assez drôles, accompagnés de commentaires qui veulent dire quelque chose sans que l’on puisse réellement déterminer quoi.

Christine Rebet :
Head Quarter Alarm, 2006. Dessin, encres sur papier.
Score of a Lady Run, 2006. Dessin, encres sur papier.
On bravery Ville, 2006. Dessin, encres sur papier.
Tell me about your Dreams, 2006. Dessin, encres sur papier et animation 16 mm (5 mn 38).