ART | EXPO

Tatiana Trouvé

06 Juil - 12 Oct 2008
Vernissage le 05 Juil 2008

Dans cette exposition de Tatiana Trouvé, le visiteur se voit confronté à une gigantesque entreprise de fiction, où l’artiste intériorise et reproduit les mécanismes administratifs à l’échelle individuelle afin de les exorciser.

Tatiana Trouvé
Tatiana Trouvé

Opérant principalement par installations, Tatiana Trouvé se consacre à partir de 1997 à une seule oeuvre, le Bureau d’Activités Implicites (BAI), ensemble modulaire comparable à un corps qui ne cesse de se modifier par sa croissance et ses altérations. Composé de différents Modules dédiés chacun à une activité spécifique, le B.A.I. se propose de structurer à la fois la genèse et la mémoire des occupations de Tatiana Trouvé et, pour cela, inventorie, classe, codifie, réorganise tous les actes et pensées de l’artiste.

Les Modules «sont des lieux de travail et de concentration dont on ne sait précisément si la fonction consiste à recenser ou à produire les pensées ou les traces de l’activité de l’artiste – comme si la genèse en constituait également l’horizon.» Plusieurs éléments articulent ce fonctionnement organique: un module administratif, une matrice à fantômes, des archives, une cellule de sable, un module à titres, un module à réminiscence, un module des lapsus, un module d’attente, un module de grève…

Le vocabulaire formel de l’ensemble tient à la fois de l’esthétique administrative et de l’économie du fait main: au désordre de l’esprit ou aux mystères de l’inconscient se substituent des sculptures aux composants plus ou moins surréalistes, assez low-tech, dont l’assemblage
apparaît paradoxalement comme très rigoureux.

Depuis 2006, Tatiana Trouvé développe également des maquettes de «lieux implicites» dénommés Polders, qui se différencient des modules dont la taille environne les 1,50m par une échelle réduite correspondant à la taille d’un enfant. Eléments enfouis de la mémoire qui font
surface, à l’image des polders des Pays-Bas, zones côtières endiguées pour dérober les terres à la mer, «ces espaces en réduction restent énigmatiques parce que composés d’éléments faisant référence à des univers hétéroclites: de plus, leur changement d’échelle, optique, s’accompagne systématiquement de la redéfinition d’une logique d’espace.»

Excroissances ou colonies mentales, greffes architecturales, les Polders sont posés à même le sol ou fixés au mur, peuvent se nicher dans les recoins d’une pièce ou venir se placer au milieu de celle-ci. Départements autonomes du B.A.I, ils agissent de concert avec les Modules pour produire des fictions d’activité, confirmant une certaine autonomie de l’oeuvre par rapport au lieu d’exposition.

Le visiteur se voit donc confronté à une gigantesque entreprise de fiction, d’autofiction, où l’artiste intériorise et reproduit les mécanismes administratifs à l’échelle individuelle afin de les exorciser. Oscillant toujours, dans le grand labyrinthe mémoriel et spatial qu’elle ne cesse
d’enrichir en combinatoires, entre récit individuel et inconscient collectif.

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