DANSE

Soirées Singulières (hommes). Rencontres Chorégraphiques de Seine-Saint-Denis.

26 Mai - 28 Mai 2015
Vernissage le 26 Mai 2015

Pour ces soirées singulières, entièrement masculines, le théâtre du Colombier accueille trois solos de chorégraphes internationaux (Roumanie, Pays-Bas, Australie), autour des questions de l’intime, de l’identité, du désir. Des soirées placées sous le signe de la rencontre et du dévoilement.

Farid Fairuz, Luke George, Connor Schumacher
Soirées Singulières (hommes)Rencontres Chorégraphiques Internationales de Seine-Saint-Denis.

Farid Fairuz, Realia (București-Beirut), solo, 60 min
En latin médiéval realia désignait «les choses réelles». Titre ironique s’il en est puisque depuis 2009, Mihai Mihalcea, figure majeure de la danse contemporaine roumaine, né à Bucarest, s’est inventé une biographie et est devenu Farid Fairuz, né à Beyrouth.Il n’est bien sûr pas le premier à travailler ce que l’on a baptisé en littérature «l’autofiction», mais il le fait avec un art consommé de la mise en abyme et en y apportant une touche très singulière, qui tient à la géographie autant qu’à l’histoire — realia désigne aussi les éléments spécifiques à une culture, sources de problèmes pour les traducteurs puisqu’ils n’ont pas d’équivalent ailleurs. S’affublant d’une perruque aux cheveux longs, de lunettes noires et d’une barbe postiche, Farid Fairuz relate des récits personnels souvent drôles, commente le monde et sa propre performance et convoque sur scène aussi bien les figures de Nicolae et Elena Ceauşescu, que la mystique orthodoxe ou le conflit libanais, tandis que se succèdent bruits de la guerre, riffs de guitare et folklore oriental. Le danseur et chorégraphe manie la citation avec panache, jusqu’aux figures dansées qui rappellent tour à tour le derviche tourneur, le gymnaste ou la ballerine de l’inévitable Lac des cygnes. À sa manière ironique et subtile, Realia (București-Beirut) affirme ainsi que les identités sont multiples et faites d’emprunts et qu’il est plus judicieux de jouer avec plutôt que de s’évertuer à leur trouver une vérité.
Direction artistique, interprétation: Farid Fairuz
Textes, costumes, scénographie: Farid Fairuz
Musique: Dhafer Youssef, Brent Lewis, Karpov not Kasparov, Vlaicu Golcea, Piotr Ilitch Tchaïkovski, Margareta Pâslaru

Luke George, Erotic Dance, solo, 35 min (création)
Luke George s’est fait connaître par des performances très interactives, avec une approche à la fois conceptuelle et totalement engagée, incarnée, où il explore la façon dont l’énergie circule et celle dont chacun est perçu et se perçoit. Avec Erotic Dance, il s’appuie sur la phrase qui conclut Contre l’interprétation de Susan Sontag (1961): «nous n’avons pas, en art, besoin d’une herméneutique, mais d’un éveil des sens (erotics of art)». Il s’en empare à la lettre et dans l’esprit — l’écrivaine américaine parle d’expérience sensorielle au sens large, pour interroger ce que pourrait être «une danse érotique» aujourd’hui pour le public. Il puise à la fois dans ses ressources propres – l’utilisation des énergies sexuelles du tantrisme et du taoïsme, les états de saturation sensorielle dans lesquels il aime pousser le corps, laissant les désirs, les intuitions, les impulsions devenir les guides — et dans la danse orientale et celle des go-go dancers dont il a étudié la manière d’aborder le temps et l’espace, la direction des regards, la façon de créer un lien avec les spectateurs. Erotic Dance invite ainsi à explorer la manière dont se fabrique une intimité et les connexions qui se tissent entre un interprète et le public, et engage une réflexion sur ce qu’est la performance : comment, dans un espace, la perception, le savoir et la croyance se mélangent et créent ce qui nous meut, par-delà le visible. Luke George propose ainsi une expérience de l’art sensuelle, primitive, viscérale, qui n’hésite pas à faire appel à la magie, et à ce qui nous dépasse.
Chorégraphie, interprétation: Luke George
Création son: Nick Roux
Dramaturgie: Nicola Gunn

Connor Schumacher, Boy oh Boy 2: God’s first creature, solo, 35 min
Tout commence comme une performance «classique»: un jeune homme barbu et décontracté arpente une scène nue, joue avec des câbles et des lumières. Mais très vite, Connor Schumacher nous entraîne ailleurs. Sa voix, son chant profond, l’utilisation de la lumière et du noir, les tableaux qu’il fait naître, paraissent tout droit sortis d’un imaginaire mystique et inquiétant. Il n’est sans doute pas anodin que le chorégraphe et danseur, qui vit aujourd’hui aux Pays-Bas, vienne d’une école religieuse conservatrice américaine. Ainsi, Boy oh Boy évoquait la figure d’un écolier se battant avec le sacré et les tabous. Boy oh Boy 2: God’s first creature (en référence au père de l’empirisme, le philosophe anglais du XVIe siècle Francis Bacon) poursuit dans cette ligne. Il en sort une pièce puissante, intrigante, qui joue avec le visible et l’invisible grâce à une utilisation des basses lumières et du stroboscope. Mais plutôt que nous plonger en boîte de nuit, Connor Schumacher nous convie à une étrange cérémonie, une sorte de messe sous acide dans laquelle les identités se brouillent, avec la volonté de «s’extraire de la forme». Ainsi la figure du ballet romantique se dissout-elle peu à peu dans l’obscurité tandis que le corps est rendu à sa nudité. Tandis que la musique est soumise à des variations de vitesse et passe par tous les spectres — romantique, religieux, électronique — surgissent des figures proches de l’animal ou de la statuaire antique, des images de rêves ou de cauchemars. Boy oh Boy 2 nous convie ainsi à un voyage intérieur, en quête des profondeurs, là où se terre parfois l’être humain.
Création, interprétation: Connor Schumacher
Dramaturgie: Maaike Schuurmans
Textes: God’s first creature, which was light, Francis Bacon
Développement du concept: Luis Alonzo Rios Zertuche
Création son: Connor Schumacher

Autour du spectacle
Mercredi 27 mai, à l’issue de la représentation: Rencontre avec Farid Fairuz animée par Gérard Mayen

Annonces en ligne
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