ART | CRITIQUE

10e Biennale de Lyon, Shilpa Gupta

PNicolas Villodre
@28 Oct 2009

Une chaleureuse porte de prison s’ouvre ou se referme en grinçant puis vient frapper le mur bruyamment, œuvre ou «pièce» conçue par la créatrice mumbaikar Shilpa Gupta.

Les silos de la Sucrière, estampés de gauche ou de droite par la signalétique de Rigo 23, permettent de repérer le lieu du crime dans le lieu-dit de la Confluence des fleuves.
Le vestibule hypnotique de Tsang Kinwah est saturé de motifs à chinures bleues comme ceux qui ornent les porcelaines de Belleville ou Tolbiac. En hors d’œuvre ou entrée, on a droit à une chaleureuse porte de prison qui s’ouvre ou se referme en grinçant puis vient frapper le mur bruyamment, œuvre ou «pièce» conçue par la créatrice mumbaikar Shilpa Gupta.

On a affaire à une œuvre d’art dans la mesure où, ayant perdu de son utilité réelle ou, si l’on veut, de son sens originel, la grille ne donne ni n’interdit d’accès, n’offre ni ouverture ni fermeture, mais est devenue objet cinétique pur.
Pas spécialement beau, d’ailleurs, cet objet, pas très «ouvragé», désagréable même, couinant, tapageur, tintamarresque comme ces sculptures de Tinguely qui viennent rompre le silence, casser l’ambiance, suspendre tout désir de méditation, toute velléité de réflexion, tout besoin de divagation.

À chaque demi-tour sur son axe, la grille électrique (au câblage dissimulé derrière la cloison), programmée à échéance, cadence et vitesse assez rapprochées, vient heurter le mur, écailler méchamment celui-ci, se refermer en claquant avec pertes et fracas. Comme si l’objet était autonome, animé, affolé et menaçait de sortir de ses gonds.

Pour qui chercherait à interpréter ce qu’a voulu signifier l’artiste ou, plus simplement, discourir sur la symbolique d’un tel objet, il y a de quoi rester perplexe. L’œuvre est assez énigmatique, close sur elle-même, si l’on veut, ou, au contraire trop ouverte au sens: a-t-on ici une critique, qui plus est, féministe, de l’enfermement, une amorce de débat sur la propriété qui, comme on sait, est le vol, un rappel de la notion d’interdit, une fine allusion au portail numérique?

Ce geste répétitif, obsessif, sonore est autant une œuvre cinétique qu’une pièce musicale, minimale, certes, simpliste, si l’on veut, criarde, peut-être. Il s’agit, en somme, d’un avatar des Variations pour une porte et un soupir, exemple remarquable de musique concrète composée en 1963 par Pierre Henry…