LIVRES

Saâdane Afif. Jeunesse Youth

Des détournements en tout genre : slogans, panneaux, images, livres, etc. Saâdane Afif, dans ses installations, va à l’encontre des sens convenus en faisant proliférer les signes, en amassant et en déplaçant les objets de la société de consommation. Un travail largement ouvert qui se rejoue à chaque exposition. Ce catalogue en est la compilation.

— Éditeur : Frac Champagne-Ardenne, Reims
— Année : 2003
— Format : 18 x 25,50 cm
— Illustrations : nombreuses, en couleurs et en noir et blanc
— Pages : 112
— Langues : français, anglais
— ISBN : 2-912688-32-9
— Prix : non précisé


par François Piron (extrait, p. 34)

Il y a chez Saâdane Afif un mouvement continu d’import-export, de préemption de signes aussitôt remis en circulation. L’image de la main, apparaissant dans certaines de ses pièces est associée, d’avantage quà l’idée de fabrique, à la métaphore de ce flux d’échanges, à l’instar de Tout (1997) : deux mains surdimensionnées, paumes ouvertes, soutenant deux enceintes qui diffusent une superposition de sons hétéroclites (extraits de disques de bruitages de cinéma), un tumulte animé d’une force centrifuge, convoquant le chaos du monde offert sans sélection, envoyant vers une infinité de combinatoires possibles. Une note de Blaise Pascal, dans la liasse « Vanité » de son Apologie de la religion chrétienne : « J’écrirai ici mes pensées sans ordre, et non pas peut-être dans une confusion sans dessein : c’est le véritable ordre et qui marquera toujours mon objet par le désordre même. » [Cité par Louis Martin,  » Les traverses de la Vanité « , in Les Vanités dans la peinture du XVIIe siècle, Caen : musée des beaux-arts, 1990], résonne pour l’œuvre de Saâdane Afif, qui use souvent d’un mode de structuration arbitraire, où la juxtaposition et la profusion manifestent un refus de la hiérarchie. La liste est ainsi une méthodologie possible, en tant qu’énumération dont chacune des composantes jouit d’une même valeur. Structuration factice, la liste se constitue à partir de critères prédéfinis, et projette vers un infini en se donnant comme énoncé poétique [Il en va ainsi de La Liliste, poème graphique et bégayant, constitués de substantifs et d’épithètes où se répète une même syllabe]. Des listes à ne pas prendre au sens de prescription, mais d’une juxtaposition sans lien autre que la coexistence de ses éléments.

(Texte publié avec l’aimable autorisation des éditions du Frac Champagne-Ardenne)