ART | EXPO

Repassage

16 Jan - 13 Mar 2010
Vernissage le 16 Jan 2010

A l'instar des modèles troubles, hiératiques, au regard intérieur, du peintre symboliste Fernand Khnopff, les vierges légèrement perverses de Julien Carreyn évoquent un passé disparu, ténu, englouti dans le vague des souvenirs d'enfance.

Julien Carreyn
Repassage

Julien Carreyn fait partie de ceux qui préfèrent se trouver aspirés plutôt que vampiriser ostensiblement, vulgairement, le lieu d’exposition. Ses créatures s’exposent nues — car à cela au moins, joueuses comme toutes les femmes, elles consentent et sûrement avec un petit frisson d’excitation — mais leur pudeur de filles de bonne famille leur défend de s’exhiber. Leurs portraits sont minuscules et le spectateur, ce voyeur silencieux, ne les remarque donc qu’en s’approchant d’elles: c’est à ce moment qu’il touche à leur infinitude.

A l’instar des modèles troubles, hiératiques, au regard intérieur, du peintre symboliste Fernand Khnopff (Memories, 1889), les vierges légèrement perverses de Julien Carreyn — même lorsqu’elles s’ennuient, de corvée de repassage telles les ménagères d’un Vermeer contemporain et doué d’humour — évoquent un passé disparu, ténu, englouti dans le vague des souvenirs d’enfance. Leur «musique» fait écho à celle, assourdie, d’un orchestre wagnérien perdu dans les brumes, tandis que le noir et blanc pâli et strié du tirage laser se veut celui d’un roman-photo, voire d’un film à petit budget, sexy et gore, où les victimes se succèdent pour le sacrifice sur la pellicule dont le projectionniste préfère annoncer d’emblée: «copie en mauvais état».

A la limite, donc, de la disparition programmée — voir Picnic at Hanging Rock (1975), de Peter Weir, où le paysage minéral australien avale les jeunes pensionnaires en blanches robes Belle Epoque comme un tombeau —, les adolescents de Julien Carreyn ont pris soin néanmoins de nous laisser quelques indices, secret fil d’Ariane d’une confusion organisée et d’une construction en labyrinthe: chapeaux, casquettes militaires, violons, fers à repasser, serpents… mais avant de disparaître, elles auront su graver sur les rétines et dans les mémoires quelque chose de similaire à la dernière vision de nos rêves, au petit matin, à la lisère du faux et du vrai, du songe impalpable et du réel tangible.

Le noir et blanc décrété par l’artiste révèle dès lors une coloration émotionnelle, proche de celles des deux Delvaux — le peintre des cortèges féminins nocturnes, et aussi le cinéaste de Rendez-vous à Bray (1972) d’après Le Roi Cophetua d’un autre Julien: Julien Gracq. Une émotion telle que pourrait en produire l’image, en toile de fond, d’une exposition nucléaire retombant au ralenti sous les accords d’une valse mélancolique et plaintive, derrière les graciles silhouettes des danseuses d’un bal intemporel tournoyant sans fin.

Article sur l’exposition
Nous vous incitons à lire l’article rédigé par Vincenza Mirisola sur cette exposition en cliquant sur le lien ci-dessous.

critique

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