ART | CRITIQUE

Repassage

PVincenza Mirisola
@10 Mar 2010

Pour sa première exposition individuelle à la Galerie Crèvecoeur, Julien Carreyn ponctue l’espace de petits formats en noir et blanc. L’absence de couleur, il se l'est imposé pour explorer les passage et «repassage» entre le dessin, la photographie et le cinéma.

Les noirs et blancs de Julien Carreyn sont enrichis d’une importante palette de gris déployés dans les pastels comme dans les dessins, et que l’on retrouve dans les photographies.
Certaines photographies sont bordées de blancs qui font ressortir toutes ces nuances. D’autres sont simplement collées au mur comme des photos découpées dans des magazines.

Julien Carreyn ne traite pas d’un thème déterminé mais s’approprie et interprète des images qui l’ont touché, ému ou interpellé. Ce sont souvent des scènes de films tels que Un scandale à Paris, de Douglas Sirk, dont il extrait un manège enchanté pour le réinterpréter au pastel.

Les photographies sont au contraire mises en scène, photographiées et imprimées en si basse résolution qu’elles semblent avoir été découpées dans un journal.
Les scènes d’intimité côtoient les créations oniriques. Les premières sont des mises en scènes de jeunes femmes occupées à des activités quotidiennes comme le repassage. Les images, au format carte postale et à l’esthétique de romans-photos des années 70, sont disposées dans une petite vitrine. Ce minuscule cabinet de curiosité rassemble une collection de scènes de repassage comme autant d’ex-voto au dieu des arts ménagers. Hommage à la féminité, obsession érotique, ou simple voyeurisme du quotidien, toutes les interprétations sont possibles.

Les natures mortes, elles, mêlent des objets du quotidien à de dangereux reptiles dans une esthétique combinant le symbolisme du sujet et le minimalisme formel du noir et blanc et du tirage papier.
Un paysage australien recomposé à partir de vieux mouchoirs en papier et de minuscules déchets, photographié et imprimé dans les mêmes conditions, est d’une finesse qu’il invite à la contemplation.
L’intérêt de ce travail réside justement dans sa capacité à nous attirer dans un examen minutieux de ces petits formats low-tech emplis de mystères et de paradoxes: paysages qui sont des sculptures de rien, photos de journaux faites par l’artiste, et pastels tirés de films.
L’univers visuel de Julien Carreyn est un allègre pastiche de somptueux décors et d’étranges paysages, de scènes intemporelles et d’esthétique de magazines féminins des années 60 et 70. Le tout harmonieusement réuni par la modestie des formats et par l’absence de couleur.
Les pastels ont quelque chose de l’illustration, les photos un goût de journal et les dessins un air de photos. Julien Carreyn joue avec les codes et avec nos habitudes visuelles, entourant d’étrangeté chaque image.

Les images ont encore en commun de sembler raconter des histoires. Julien Carreyn n’est peut-être finalement pas illustrateur, mais conteur, inventeur et brouilleur de pistes.

Liste des œuvres
— Julien Carreyn, sans titre. Pastel sur papier, 11 x 17 cm.
— Julien Carreyn, Extase. Laserprint on iridescent paper, 8 x 15 cm
— Julien Carreyn, A Gothic Love Song, 2010. Acrylic on paper, 10,5 x 16,5 cm
— Julien Carreyn, Walkyrie. Pastel sur papier, 9,5 x 18 cm
— Julien Carreyn, Repassage. Vue d’exposition.
— Julien Carreyn, Etagère. Laseprints on iridescent paper, 10 x 65 cm
— Julien Carreyn, Le petit orchestre. Impression et dessin, 15 x 65 cm
— Julien Carreyn, sans titre (explosion I). Pastel sur papier. 11 x 21 cm (30 x 50 cm encadré)
— Julien Carreyn, Gallipoli I. Pastel + acrylique sur papier. 8 x 20 cm (30 x 50 cm encadré)
— Julien Carreyn, L’Hérétique. Pastel sur papier. 11 x 20 cm (30 x 50 cm encadré)
— Julien Carreyn, Jordi Saval. Pastel  sur papier. 9 x 13 cm
— Julien Carreyn, Show Window 1924. Pastel + acrylique sur papier. 9 x 21 cm