ART | EXPO

Quelqu’un veille sur toi

11 Oct - 15 Nov 2008
Vernissage le 11 Oct 2008

Les nouveaux travaux de Maja Bajevic sont construits à la manière d’un puzzle éclaté mais posent tous la même question : ce que nous voyons est-il simplement l’objet de nos projections ou les choses sont-elles vraiment comme cela ?

Maja Bajevic
Quelqu’un veille sur toi

L’exposition « Quelqu’un veille sur toi » comprend des oeuvres inédites réalisées entre 2007 et 2008.

Il s’agit d’un puzzle rassemblant des fragments qui posent tous la même question : ce que nous voyons est-il simplement l’objet de nos projections ou les choses sont-elles vraiment comme cela ? C’est la décision du spectateur qui complète le puzzle à la fin. Ou le laisse inachevé.

Une quadruple installation vidéo sur moniteurs intitulée « That Would Be All, Thank You » montre une femme en train d’enseigner les effets de la drogue à un groupe de jeunes gens.

Elle les avertit des méfaits inhérents à un tel mode de vie, mais qui est-elle, sait-elle seulement de quoi elle parle ? Est-elle aussi sous l’emprise de drogues ? Et les trois spectateurs : sont-ils des toxicomanes ou simplement des jeunes gens ordinaires qui l’écoutent par compassion ou par politesse ? Peut-être s’ennuient-ils simplement ?

« Spook Words » s’intéresse aux mots qui entraînent la surveillance de leur auteur quand ils sont utilisés sur Internet. Dans cette oeuvre vidéo, une allemande d’environ 70 ans les égrène patiemment, comme s’il s’agissait d’une simple liste, avec quelques erreurs montrant qu’elle ne comprend pas toujours ce qu’elle lit, mélangeant l’allemand et l’anglais.

Les mots, souvent abrégés, perdent tout leur sens et se transforment en une répétition monotone, presqu’une berceuse.

« The Inter-Machine » est une machine à tirage au sort sans possibilité de gain, privée de son utilisation première.  Dans une boule de plexiglas, des morceaux de papier sont ballottés par un flot d’air comprimé : certains sont issus du « Capital » de Marx, d’autres de publicités commençant par ’inter-’: « intermarché », « interdiscount », etc…

La promesse de l’internationalisme est-elle en train de se réaliser, mais d’une façon détournée, pervertie ? La seule chose véritablement internationale aujourd’hui est-elle le capitalisme coopératif ?

Des images de nuages sont données à des gens pour qu’ils dessinent par-dessus ce qu’ils voient. Cette oeuvre fait référence au livre de Herman Hesse, « L’enfance d’un magicien ». Lorsque nous sommes enfants, le monde entier se lit dans les nuages, nous dit Hesse, lorsque nous grandissons et que nous devenons plus rationnels, ils redeviennent juste des nuages.

Quelques-unes des personnes invitées savent dessiner, d’autres non, mais le critère de sélection appliqué n’est pas la compétence du dessinateur, plutôt son imagination. Le savoir influence-t-il l’innocence initiale de notre regard ?

Dans la salle vidéo, deux projections dos à dos : « Space et Time ». « Space » montre un réveil perdu dans le temps, alors que « Time » montre un rail de chemin de fer. On n’entend la musique que si l’on se tient devant la vidéo. Un son de suspense hollywoodien nous pousse à penser que quelque chose de terrible et d’important va arriver, quelque chose de sublime, mais quoi ?

Le titre-même de l’exposition joue sur une ambiguité similaire : « Quelqu’un veille sur toi ». D’un côté c’est rassurant de savoir que quelqu’un veille sur soi mais est-ce que ça ne revient pas à être surveillé et à perdre sa liberté ? Le danger vient-il de l’extérieur ou de nous-mêmes ?

« Quelqu’un veille sur toi » est la deuxième exposition personnelle de Maja Bajevic à la Galerie Michel Rein (dans le cadre du Mois de la Photo à Paris), après « Terrains vagues » en 2005.

Evénements

Publication d’un ouvrage monographique, Ed. Charta, 144 pages, entretien par Angela Vettese et texte de Lynne Cooke

Mercredi 29 octobre
Rencontre avec Maja Bajevic / « Something you should know », Ehess, Paris.

Jeudi 30 octobre à 20h
Projection des films de Maja Bajevic, Prospectif Cinéma, Centre Georges Pompidou.

critique

Quelqu’un veille sur toi