ART | CRITIQUE

Prix Marcel Duchamp 2009

PMuriel Denet
@04 Oct 2010

Saâdane Afif, lauréat 2009 du Prix Marcel Duchamp, expose une «Anthologie de l’humour noir» au Centre Pompidou. La pièce maîtresse en est un cercueil exposé au mitan de la salle, qui a la forme… du Centre Pompidou.

Exposer un cercueil aux formes du Centre Pompidou au sein même du Centre Pompidou: cette mise en bière de l’institution qui accueille l’artiste est complétée par une série de chants (funèbres) dont les paroles, inscrites aux cimaises de la galerie, ont été commanditées à des proches de l’artiste, dûment informés du projet. Parmi lesquels on notera Jean-Charles Masséra, André Magnin, Laetitia Paviani, Chloé Delaune, Claire Guezengar, etc.
Ces chants ont été interprétés le soir du vernissage par des comédiens juchés sur des moulages de bornes anti-stationnement qui délimitent les abords de la Piazza. Ici, au nombre de cinq, elles cernent le cercueil, reproduction rudimentaire, mais fidèle du Centre, en carton vernissé, boutons, et bouteilles plastique. Les bornes sont tour à tour éclairées par des poursuites, qui signalent fortement l’absence des interprètes.

L’œuvre offre ainsi une anthologie des ingrédients de l’art de Saâdane Afif: installation, sédimentation (André Breton et son anthologie éponyme, les speakers corners britanniques, les cérémonies funéraires ghanéennes, jusqu’aux «Magiciens de la terre» convoqués par le biais de l’assistant ghanéen de Paa Joe, qui y participait en 1989, et qui a fabriqué le cercueil), collaboration (artisan et écrivains), et interprétation (des chants).

Pourtant si le spectateur peut voir dans cette installation qui tourne à vide avancer «l’avant-garde pâle comme une défunte» (Chloé Delaune), il sait arriver après le spectacle. Une invitation à refaire le tableau, mais sans qu’il y ait à cela une véritable nécessité.

Anthologie de l’humour noir, 2010. Installation.