ART | EXPO

Prendre la porte et faire le mur

11 Sep - 11 Déc 2010
Vernissage le 11 Sep 2010

"Prendre la porte et faire le mur" explore le potentiel de l’espace d’exposition : ses fantasmes, ses anecdotes, ses humeurs, ses transgressions, son insoumission.

Saâdane Afif, Catrin Bolt, Alain Bublex, Simon Dybbroe Møller, Dora Garcia, Nashashibi/Skaer, Philippe Parreno, Chloé Quenum, Alain Rivière, Michel Verjux
Prendre la porte et faire le mur

Qu’attendre d’une exposition aujourd’hui? On dit souvent qu’elle vient cristalliser la fin d’un mouvement artistique, consacrer une tendance, arrêter l’oeuvre dans le temps. Pourquoi ne pas imaginer l’inverse, plutôt que la fin le point de départ, un espace de tous les possibles.

L’espace d’exposition n’a pas toujours été le «cube blanc» que nous connaissons aujourd’hui. Des premières églises aux Salons du XIXe siècle en passant par les foires ambulantes et l’art dans l’espace public, sa forme n’a cessé de changer. Sa fonction, en revanche, est restée sensiblement la même: instaurer un cadre, un ordre, une organisation d’objets, une représentation agencée du monde, parfois au service d’une idéologie. Le musée incarne ce cadre par excellence, une boîte fermée, coupée du monde extérieur.

Au cours du XXe siècle, les artistes inventent de nombreux musées imaginaires –une façon de faire imploser les murs, de dépasser les limites (rappelant ainsi les débordements du tableau qui hantent l’histoire de l’art).

Avec l’apparition du «cube blanc», la relation des artistes à l’exposition se radicalise, surtout à partir des années 1960. Ils s’en emparent comme d’un véritable médium, un matériau de travail à même de révéler les propriétés, voire les défaillances structurelles et conceptuelles du lieu. Les frontières entre l’oeuvre et l’espace de monstration deviennent alors de plus en plus difficiles à distinguer.

Il semble qu’un glissement se soit opéré ces vingt dernières années: l’exposition en tant que matériau de travail ne serait plus seulement le sujet de l’oeuvre mais aussi son image fantasmée, un espace de projection, réceptacle de fictions, de jeux, de rêves, de perturbations. Cette proposition tente de mettre en lumière ce phénomène qui n’aurait sans doute pu avoir lieu si le «cube blanc» n’avait pas été identifié au préalable en tant que possible surface de subversion.

Mobilier, éclairage, qualités architecturales et humaines du lieu, tout s’exploite. Les oeuvres manipulent le temps de l’exposition: ce qui vient avant (le projet, la maquette, le montage mental, le rêve), pendant (le parcours, les déplacements, les émotions), après (les interprétations fictives, les commentaires, les souvenirs).

« Prendre la porte et faire le mur » matérialise le fantasme d’un espace déchargé de tout système de croyance et de toute attente. Sur la porte d’entrée, un petit mot de Simon Dybbroe Møller nous demande de tout oublier, de repartir de zéro avant d’entrer dans l’espace.

Puis tout commence dans le noir: les flashs stroboscopiques de Nashashibi / Skaer éclairent les objets d’un musée la nuit. On a l’impression d’être dans un rêve. Les règles de présentation, modes d’accrochage et classifications muséales traditionnelles se désorganisent.

La pièce de Saâdane Afif est-elle une sculpture minimale, un banc pour s’asseoir, le socle d’une oeuvre…. Tout se confond. Catrin Bolt photographie des fragments de mobilier urbain comme si c’était des architectures typiques de musées d’art moderne.

Les cimaises disparaissent, transparentes, les objets flottent sans hiérarchie, nous sommes dans le cerveau de Dybbroe Møller. Chloé Quenum enferme l’image de l’exposition dans une vitrine, jouant avec notre désir de posséder ce qui se trouve à l’intérieur. Dora Garcia nous observe, note nos moindres faits et gestes, le scénario de la visite s’écrit en temps réel.

Les scénarios, Alain Bublex en imagine des dizaines (les expositions qu’il photographie ont pourtant l’air d’avoir existé). Dans le monde miniature d’Alain Rivière, l’exposition est une maquette où tous les trucages et ratages sont permis. Michel Verjux éclaire l’angle d’un mur vide (exposer c’est aussi éclairer); un peu plus loin, les médiums de Philippe Parreno interprètent librement l’inconscient d’une exposition.

Comme au théâtre, au cinéma, nous passons un contrat (implicite et informel) avec l’exposition, nous acceptons de croire, de jouer le jeu. Prendre la porte et faire le mur s’intéresse à la perversion de ce contrat par les artistes et à la façon dont les oeuvres, à force de travailler le lieu, créent la sensation de traverser un espace affranchi de toutes contraintes, un labyrinthe aux dérives les plus improbables.

critique

Prendre la porte et faire le mur