PHOTO

Piero Golia, Christian Jankowski & Gianni Motti

Pg_AteliersPinton16CollectionTapis05bx
@12 Jan 2008

Piero Golia, Christian Jankowski et Gianni Motti sont tous trois liés, à la Cosmic Galerie, par un propos simple et efficace fondé sur le détournement, tendant à produire, chez le spectateur, un sourire de connivence — formellement, leurs œuvres ont l’apparence chic d’objets finis.

Le premier étage est occupé par Piero Golia et Christian Jankowski. Le jeune Golia expose pour la deuxième fois au sein de la galerie et présente trois objets détournant des symboles kitsch de richesse et de réussite (un lustre vénitien coloré, des étoiles Mercedes-Benz, un sigle commercial géant de cinq lettres) en les détruisant — le lustre est brisé —, en les séparant de leur contexte initial et en les multipliant — les étoiles sont liées entre elles comme les perles d’un collier — ou en les transformant de l’intérieur — les cinq lettres forment le nom « loser » [perdant] — et en leur ajoutant les conventions de présentation de l’œuvre d’art classique (socle, mise à distance et cadre) : ou comment un objet kitsch du monde social devient, après retranchement et ajout de valeur, un objet kitsch dans le monde de l’art et devrait rejoindre le monde originel dont il a été issu.

Christian Jankowski propose, dans Talk Athens, de 2003, le détournement (sous contrôle) d’une émission de la télévision grecque ET1 (Get a Taste) qu’il montre sur très grand écran. L’émission est organisée autour de l’artiste, qui y assiste, muet, sans comprendre les propos qui sont tenus en grec sur son action par l’animatrice et ses quatre invités appartenant aux sphères de la politique, du commerce et de l’art (conversation qui est, pour le visiteur de la galerie, sous-titrée en anglais). Il circule librement derrière et devant eux, s’assoit puis se lève à plusieurs reprises — performance-déambulation sage, transparente (les couleurs de ses vêtements et de ses cheveux se fondent dans le décor) durant laquelle il se conduit en enfant ou en animal domestique (caressé, appelé par son prénom) à la manière d’un Harpo assagi, face à des invités toujours amusés et très conscients de faire partie d’une « œuvre d’art ».

Jankowski dérègle la situation par l’étrangeté de son comportement et surtout par celui que présentent face à lui, sans vraiment s’en rendre compte, les autres protagonistes en décidant d’entrer avec enthousiasme dans son jeu. C’est donc moins la performance de l’artiste (arrangée et inoffensive, qui évoque le travail de nombreux artistes) que l’attitude de ses spectateurs-acteurs qui est intéressante. Qui joue et pour qui ? A quel moment l’émission devient-elle une œuvre — réalisation par les techniciens de la chaîne, diffusion à la télévision, circulation dans les galeries et musées ?
Ce sont ces questions (très classiques) sur le statut et la réception de son œuvre que l’artiste pousse les spectateurs — devant leur poste de télévision et aujourd’hui en galerie — à se poser.

Les trois salles du sous-sol sont consacrées à trois œuvres — une par salle — de Gianni Motti, artiste né en Italie en 1958, célèbre pour ses interventions inventives dans le monde. Motti détourne ici trois vidéos, dont il a choisi des séquences précises qu’il passe en boucle, et qui ont en commun de montrer dans une position ridicule des personnes qui représentent le pouvoir et possèdent en particulier celui de produire de la violence.

La première vidéo, vidéo familiale acquise par l’artiste sur un marché d’Alger et présentée sous le titre To Swim [Nager] sur un petit moniteur, montre en gros plan Saddam Hussein avec une casquette blanche nageant maladroitement — alors qu’on entend déjà le son de la seconde vidéo, une voix de journaliste discourant sur la guerre.
On voit dans celle-ci, Shock and Awe [Choc et effroi], sur grand écran dans une salle plongée dans le noir, George Bush dans les minutes précédant son annonce de déclaration de guerre à l’Irak alors qu’il passe en direct sur Euronews sans le savoir — multipliant tics, gestes de connivence ou de prière, regards en coin et mimiques, tandis qu’on le coiffe et maquille.
Dans la troisième vidéo, Police, présentée sur grand écran dans une salle blanche, sont filmés des policiers de Genève — ville où vit Motti — en concert, à l’endroit même où ils ont l’habitude de faire leur travail, dans le but d’améliorer leur image auprès de la population.

Chaque vidéo a son impact propre mais requiert une réception distincte au sein de ce parcours marqué par un rythme particulier qui mène de la vignette montrant Hussein barbotant aux salles noires et blanches présentant le président des Etats-Unis et des policiers suisses qui se séparent, par inconscience ou naïveté, de leur devoir de représentation.
Sont ainsi rapprochées trois vidéos pathétiques — formant l’équation Hussein=Bush=police de Genève —, avec lesquelles l’artiste réagit à l’actualité immédiate, comme lors de sa récente performance à Roland Garros, où il s’est assis sur les gradins d’un court de tennis le visage recouvert d’un sac en papier et les mains dans le dos — un prisonnier d’Abou Ghraib déplacé, entouré de spectateurs étonnés, hilares ou les yeux ailleurs.

Piero Golia :
— Loser, 2003.
Sans titre, 2004.
Sans titre, 2004.
Christian Jankowski,
Talk Athens
, 2003. Vidéo.
Gianni Motti :
To Swim, 2001. Vidéo.
Shock and Awe, 2003. Vidéo.
Police, 2004. Vidéo.