ART | EXPO

Photopeintries – épisode 2: pharmacie

21 Juin - 31 Oct 2008
Vernissage le 20 Oct 2008

Les artistes ici présentés "pansent" leurs travaux comme des objets à "soigner". Certains les maquillent à coups de fards et d’onguents, d’autres les actualisent en les colorisant, d’autres encore veulent retarder l’échéance de leur disparition. Entre falsification et iconoclastie, cette exposition pointe, en creux, notre rapport à l’image.

Martine Aballéa, Jean-Luc André, Florent Contin-Roux, Gabriele Di Matteo, Philippe Durand, Ernest T., Richard Fauguet, Hans-Peter Feldmann, Rudolf Fila, Gilbert & George, Richard Hamilton, Piotr Klemensiewicz, Bertrand Lavier, Barbara et Michaël Leisgen, Rainier Lericolais, Duane Michals, André Raffray, Arnulf Rainer, Ramon, David Renaud, Jean Sabrier, Yvan Salomone, Ger Van Elk, Kelley Walker, Ian Wallace, William Wegman
Photopeintries – épisode 2: pharmacie

Après le succès public et critique de l’exposition « Photopeintries – épisode 1: comment peindre après Picabia et Richter ? » l’hiver dernier, le Frac Limousin présente cet été 2008, le deuxième épisode du cycle consacré aux relations entre la peinture et la photographie. Intitulé « Pharmacie » d’après le titre du premier readymade rectifié par Duchamp en 1914, ce second chapitre pose la question de la retouche photographique (par la peinture) et de ses extensions.

Organisée en trois principaux regroupements d’œuvres selon le même principe que l’épisode 1 (paysages, matière imprimée et galerie de portraits), l’exposition repose sur un échafaudage d’hypothèses et permet de confronter des œuvres acquises depuis longtemps et des achats récents.

Cette problématique n’est pas nouvelle, elle traverse tout le XXe siècle, de Duchamp à Max Ernst et aux surréalistes, en passant par le Pop art: Warhol et Hamilton en particulier, mais aussi Baldessari, Vostell et Rauschenberg. Elle est cependant tout à fait actuelle car les technologies de l’image ne cessent d’évoluer.

L’exposition « Pharmacie » met également l’accent sur les différents moyens utilisés par les artistes pour donner du relief à l’image mécanique. Des « virages » de Martine Abbaléa aux « caviardages » d’Arnulf Rainer, des photographies prolongées par la peinture (Ramon, Wegman) aux rehauts précieux de Duane Michals, des tirages épluchés de Richard Fauguet aux « dépeintures » de Rainier Lericolais, toutes les combines semblent possibles. On retrouvera d’ailleurs certains points communs avec des questions abordées en 2002/2003 lors des expositions autour du collage et du photomontage « Coupé-collé vol.1 et 2 ».

L’envergure de l’exploration est résumée par Richard Hamilton en 1969: « Après tout, la photographie (peut-être devrait-on établir une base plus appropriée et penser ce dont je parle en terme d’images formulées à travers des lentilles, quelque soit la chimie ou l’électronique impliquée) est toujours merveilleusement nouvelle comparée à la longue tradition de la peinture et il y a encore beaucoup d’ajustements à faire en matière de pensée » (in « Painting and Photography », Studio International, march 1969)

Certains artistes « soignent » les images, avec maquillages, fards et onguents, d’autres les actualisent en les colorisant, d’autres encore veulent retarder l’échéance de leur disparition. Certains sont plus iconoclastes, et paraissent engager au contraire, une accélération de leur destruction. Entre falsification et iconoclastie, cette exposition pointe, en creux, notre rapport à l’image, du fameux « choc des photos » des années 70 au flux permanent des images électroniques d’aujourd’hui.

Les recherches récentes de Richard Hamilton trouvent un écho étonnant dans les vidéos d’animation 3D de Jean Sabrier et une actualité troublante dans l’œuvre de Kelley Walker que nous activons sous forme de carton d’invitation.

Cependant, et c’est une des questions que pose Duchamp, il convient de distinguer entre image trouvée (sélectionnée dans la presse, les médias, les banques d’images) et photographie d’auteur.

La dimension psychologique qui émane des autoportraits de Rainer Lericolais trouve un écho tout à fait singulier dans la confrontation aux œuvres de Van ElkVan, des Leisgen, de Gilbert & George, voire de Klemenciewicz.

Cette double entrée, entre image trouvée et photographie d’auteur (auto-portrait ou autre) est le terrain où nous avons sollicité les artistes en leur demandant d’expliciter leur point de vue. Leurs réponses viennent alimenter le débat.