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PMarguerite Pilven
@12 Jan 2008

Avec l’exigence formelle d’un Mondrian, Ruscha photographie la superficie bleue électrique des piscines et les vastes espaces vides destinés aux automobiles (Thirty-Four Parking Lots, publiée en 1967).

La galerie Daniel Templon présente actuellement deux séries photographiques d’Edward Ruscha, d’abord diffusées par l’artiste sous forme de livres. Deux archétypes de l’american way of life y sont déclinés : la piscine privée et le parking automobile.

Avec l’exigence formelle d’un Mondrian, Ruscha photographie la superficie bleue électrique des piscines et les vastes espaces vacants destinés aux automobiles.
La série de photographies aériennes, Thirty-Four Parking Lots, publiée en 1967 impressionne par sa qualité graphique. Les prises de vue s’organisent autour d’une diagonale ou d’un axe vertical ou horizontal fortement marqués, et mettent en valeur leur relation architectonique à l’environnement.

Les axes de circulation s’étalent en lacets complexes, serrent en étau les habitations ou se croisent à 90°; les constructions carrées alternent avec des espaces vides dont les stries indiquent les emplacements de parking. L’espace se coupe et se recoupe à l’infini afin de contenir habitations et transports privés et de relier entre elles ces unités disparates, accordant parfois une place à la nature, sous la forme d’arbres soigneusement alignés.

On a volontiers associé l’œuvre de Ruscha à la mouvance Pop, bien que de nombreux aspects de son travail évoquent tout autant, peut-être même plus, les recherches minimalistes et conceptuelles.
Thirty-Four Parking Lots a été conçu au départ en vue de l’édition d’un livre. Ruscha a demandé à un pilote et à un photographe aérien de lui réaliser des photographies de parking vides, situant de manière précise et significative son intervention à l’assemblage de ces informations visuelles. À la manière d’une enquête, il analyse et présente un donné objectif.

Le format carré des clichés souligne leur caractère de fragment plutôt que celui de paysage aérien, comme si Ruscha cherchait à mesurer cette réalité urbaine particulièrement vertigineuse de Los Angeles, faute de pouvoir la synthétiser en une vision particulière dont le paysage donne toujours l’illusion.

La série met en valeur les aspects récurrents de cette ville, son organisation en damier, et sa structure entièrement adaptée aux déplacements en voiture. Seules traces de vie sur ces photographies: des sillages serpentant la surface des parking ou des taches d’huile, indices de récents passages d’automobiles, irruptions d’accidents à l’intérieur de ces formes rigides.

Ruscha enregistre ces données avec un regard tranquille et désengagé. Il évoque sa relation ambivalente à Los Angeles, faite de fascination et de répulsion, et dit ouvrir les yeux sur « le pouvoir des choses qui n’ont pas de sens ».
Attentif aux aspects plastiques de cette ville, il en dévoile certaines obsessions, comme cet idéal de maîtrise de l’espace que vient satisfaire sa parcellisation rigoureuse et un urbanisme exclusivement pensé à l’échelle de l’automobile. Bien que très distancié, ce travail photographique demeure singulièrement poétique, à la façon des séries photographiques de Bernd et Hilla Becher. 

Edward Ruscha
Entrée :
Pools , 1968-1997. Série de 9 photos ektachrome. 41 x 41 cm chacune.

Petite salle :
Parkings Lots, 1967-1999. Série de 30 photos, tirage argentique. 54,6 x 54,6 cm.

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