ART | CRITIQUE

Perpetuum Mobile

PClément Dirié
@12 Jan 2008

Les murs sont peints, des mobiles pendent du plafond, des installations s’élèvent du sol et une soufflerie fait vibrer l’espace… Bruno Peinado nous propose de nouvelles appréhensions du quotidien, une lucidité plus grande sur le monde. Un artiste passeur et créateur, qui fait de ses réflexions personnelles un socle commun de réflexion.

Sous la verrière du Palais de Tokyo, les murs sont peints, des mobiles pendent du plafond, des installations s’élèvent du sol et une soufflerie fait vibrer l’espace et son contenu chaque demi-heure.
Bruno Peinado, déjà présent lors de l’exposition PlayList, procède à une prise d’espace, à une appropriation personnelle du lieu. L’espace est comme saturé, sur-signifiant et surexcitant.
Chacune des trente œuvres est un appel ludique à la recherche de sens, un jeu de mots porteur d’une réflexion sur le monde, la matérialisation de rapprochements opérés par le créateur.
L’ensemble des expressions artistiques est à prendre comme un tout. A envisager comme un vaste jeu de cartes à l’image de l’installation centrale, Good Stuff.

Le titre de l’exposition, « Perpetuum Mobile » fait référence à un vent imaginaire — que l’on retrouve dans la nouvelle installation d’Annette Messager au couvent des Cordeliers —, mais aussi à la mobilité et à l’instabilité du monde contemporain, comme la paradoxale installation de Bruno Peinado : à la fois fragmentée et globale.

On se perd dans ces installations et cet univers coloré. La Mire en céramique du dernier espace trahit cette ambition de confronter le spectateur à des pièces de grandes dimensions, dont les lectures peuvent être multiples : plastique, référentielle, engagée, ludique.

Lectures multiples pour une relecture personnelle du monde et du quotidien. Ce nouveau regard porté sur un monde dont les espaces et les manifestations sont l’occasion d’apposer une marque, de signaler une propriété, prend forme de différentes façons.
Soit en soulignant un détail de notre quotidien, comme avec l’agrandissement démesuré du sapin odorant ; soit en subvertissant des topos et des formulations-écrans. Ainsi, le post-it devient un lost-it, le panneau de signalisation Exit devient Exil.
Cette appréhension du monde en révèle les apories : l’affichage en 4 x 3 m de l’expression « Image Unavailable Due to Copyright Restrictions » ; ou le rapprochement entre Walt Disney, le symbole de l’entertainment familial, et une figure d’enfant perdu et démuni, Sans titre (Nègre Colonial).

Ici le travail artistique vise à remettre les choses à plat, à leur conférer une nouvelle perspective, à permettre leur envol.

Avec les processus de la playlist et du sample, l’artiste façonne ses propres codes et son propre univers à partir des codes et d’un environnement commun. Il en résulte une exposition d’une richesse presque pop, qui crée de multiples perspectives visuelles et intellectuelles.
On acquiert de nouvelles appréhensions du quotidien, une lucidité plus grande sur le monde. Grâce à un artiste passeur et créateur, qui fait de ses réflexions personnelles un socle commun

Bruno Peinado
Sans Titre (Space in the Place), 2004. Boules à facettes.
The Lost and Found World, 2004. Bois et peinture.
Pacifique Lapalissade, 2004. Bois et peinture.
Radical Sunset, 2004. Bois et peinture.
Fiat, 2004. Fiat 500.
Sans titre (Juke Box Babe), 2004. Plaque en verre.
Sans titre (Pantone gris), 2003. Aluminium.
Sans Titre (Working Class Hero), 2004. Aluminium, palette et skate board découpé.
Image Unavailable Due to Copyright Restrictions, 2004. Bois et peinture.
Rainy Cities, 2003. Bois et peinture.
Flash Black, 2004. Bois découpé.
Sans titre (Moto deuxième génération), 2003. Moto customisée en vélo.
Good Stuff, 2003. Cartes en bois peintes.
Sans titre (Luxe Interior), 2004.Aluminium découpé.
It Doesn’t Just Happen, 2004. Néon et lettres adhésives.
Born to be Mild, 2003. Bétonnière et miroirs.
The Found and Lost World, 2004. Ballon gonflable et lettres en bois découpées.
1, rue Sésame, 2004. Bois et peinture.
Are we Ready and Willing, 2003. Installation.
Sans titre (Généalogie à géométrie variable), 2004. Bois et peinture.
Calder Mobile, 2003. Métal.
Sans titre (Barbouille), 2003. Bois et peinture.
Exil, 2003. Caisson lumineux.
Sans titre (Nègre Colonial), 2003. Sculpture en résine.
Rubik’s Cube, 2003. Bois et peinture.
Pas Perdus, 2002. 14 dessins, technique mixte. 120 x 80 cm.
Nouvel ordre, 2003. Aluminium découpé et boule à facette.
Sans Titre (After Hate), 2003. Moquette et socles en bois.
La Mire, 2003. Céramique.
Sans titre(Still Life), 2004. Structure métallique, paraboles, porte-voix.