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Pascal Hausherr

PMarguerite Pilven
@12 Jan 2008

Après avoir réalisé plusieurs séries de travaux photographiques portant sur sa vie intime (« Ce qui m’arrive », « Roman conjugal ») Pascal Hausherr, secoué par l’événement traumatique du 11 septembre sort dans la rue, l’espace public, pour réaliser une série de photographies conjurant le vertige qu’il intitule « Catastrophes ».

Le format carré des tableaux souligne d’emblée le caractère fragmentaire de ces prises de vue. Il s’agit chaque fois d’extraire une parcelle de réalité déjà là pour la recadrer et faire ressortir un point de vue spécifique sur celle-ci. L’économie de ces images se joue toujours sur le mode de la confrontation, d’une dichotomie entre le premier et l’arrière plan.

Une prise de vue réalisée au Grand Palais confronte ainsi une affiche publicitaire exhibant le profil sensuel d’une jeune femme avec une grue élévatrice. Le cadrage très serré focalise l’attention du spectateur sur cette mise en relation inédite, où les tensions internes à l’image apparaissent avec force. Un bras de la machine industrielle traverse verticalement le cou de la jeune fille, évoquant un couperet ou pourquoi pas aussi, une prothèse médicale située dans le prolongement de son bras.

Une autre photographie confronte sur le même mode relationnel une sculpture néoclassique à une tour de la Défense. La forte contre-plongée souligne la verticalité de ces deux éléments, leur monumentalité. Le visage de la statue, incliné vers le bas fonctionne comme un vecteur conduisant notre regard à remarquer les orteils de ses pieds dépassant légèrement de leur socle. Hausherr déplace ainsi notre attention sur le fait que l’érection de la sculpture, condition de son caractère monumental, la suspend également au dessus du vide. La fascinante perspective plongeante prend alors une tonalité inquiétante où plane la menace de la chute. Le point de vue proposé par l’artiste sur ces érections phalliques, symboles de pouvoir, les fragilisent, les mettent à mal.

Il s’agit ainsi d’opérer des déplacements, des décalages perceptifs introduisant des brèches à l’intérieur de notre vision trop naïve et assurée du réel. C’est vers cette perspective critique de son environnement que Hausherr souhaite conduire le spectateur de ses travaux, en lui proposant, d’après ses propres mots : « une image où les associations et les combinaisons de sens soient les plus nombreuses possibles ».