DESIGN | INTERVIEW

Pascal Cuisinier

Vernissage le 26 Mai 2017

Pour sa deuxième participation à Design Miami-Basel, la Galerie Pascal Cuisinier présente un «Hommage à Joseph-André Motte» qui se poursuivra dans la galerie parisienne. Le galeriste Pascal Cuisinier revient sur le parcours de ce designer et architecte d’intérieur français à l’œuvre prolifique.

Pourquoi présenter un solo show autour du décorateur et designer Joseph-André Motte à Design Miami/Basel?
Pascal Cuisinier. Ce solo show autour de Jospeh-André Motte, qui se déroule du 17 au 22 juin 2014 à Design Miami/Basel est un véritable hommage rendu à l’artiste pour le premier anniversaire de sa mort en juin 2013. L’œuvre de ce designer emblématique a marqué les arts décoratifs et le design des années 1950 aux années 1970 avec celles de grands noms tels que Pierre Paulin et Pierre Guariche.

Quelles sont les pièces maitresses de Joseph-André Motte présentées à Design Miami/Basel?
Pascal Cuisinier. Le lampadaire J1, le fauteuil Tripode, le fauteuil Catherine, le très grand bureau pour Dassas, les sièges conçus pour Steiner et les meubles réalisés pour Charron ainsi que la série de luminaires en plexiglas créée pour les Huchers Minvielle sont sans nul doute les pièces les plus emblématiques de Joseph-André Motte que j’exposerai à Design Miami/Basel.

Quel est l’héritage de l’œuvre de Joseph-André Motte dans les arts décoratifs français et le design contemporain?

Pascal Cuisinier. L’œuvre de Joseph-André Motte est avant-gardiste, tant du point de vue technique que de l’invention formelle. Très tôt, il utilise tous les nouveaux matériaux disponibles sur le marché. Le dessin de ses formes, toujours motivé par le souci de fonctionnalité, est caractérisé par une grande rigueur et une élégance toute française. Les milieux institutionnels et artistiques réévaluent aujourd’hui l’importance de Joseph-André Motte dans l’histoire des arts décoratifs et du design français. De futurs travaux scientifiques — monographies sur l’ensemble de son œuvre, thèses, classement de ses archives —, feront enfin apparaître Joseph-André Motte comme l’un des créateurs français les plus importants de la deuxième moitié du XXe siècle.

Comment caractériseriez-vous la place du designer Joseph-André Motte sur le marché de l’art aujourd’hui?

Pascal Cuisinier. La place du mobilier de Joseph-André Motte sur le marché de l’art est complexe. On parle d’un double marché composé d’un petit groupe de pièces rares haut de gamme qui n’apparaissent presque jamais sur le marché, et d’un ensemble plus important de pièces plus abordables car éditées en série.

Vous avez travaillé pendant six ans sur une thèse en art plastiques et en philosophie. Quelle influence vos recherches ont-elles sur votre activité actuelle de galeriste?
Pascal Cuisinier. La recherche, la documentation, l’exposition et la publication forment un ensemble indissociable de la qualité de galeriste. Je sélectionne chaque pièce pour son originalité, son histoire, sa provenance et sa place dans le processus de création des premiers designers français. Les pièces choisies sont toujours abondamment documentées. Mes expositions sont conçues dans un but de formation et de sensibilisation esthétique des collectionneurs au design français des années 1951-1961.

Votre galerie est spécialisée dans la génération des premiers designers français. A quels créateurs en particulier faites-vous référence? Pourquoi utiliser cette expression de «premiers designers français»?

Pascal Cuisinier. Je défends depuis 2006 la génération des designers français nés entre 1925 et 1930 tels que Janine Abraham et Dirk Rol, René Jean Caillette, Geneviève Dangles et hristian Defrance, Pierre Guariche, André Monpoix, Michel Mortier, Joseph-André Motte, Pierre Paulin, Antoine Philippon et Jacqueline Lecoq ou encore Alain Richard.
Ce sont, selon moi, les premiers designers français car ils sont les premiers créateurs à ouvrir des agences pour concevoir des modèles en vue de l’édition en série. Ils adaptent la grande tradition des arts décoratifs, l’élégance du dessin français, au mobilier ultra moderne.

Pourquoi vous limitez-vous à la période 1951-1961 dans l’œuvre de ces designers?
Pascal Cuisinier. Le choix de la période 1951-1961 n’est pas artificiel. Car les années 1951 et 1961 font date dans l’histoire du design français. 1951 est l’année où ces jeunes designers finissent leurs études, ouvrent leur agence ou intègrent de grandes agences, comme celle de Marcel Gascoin. En 1961, le salon des Arts Ménagers marque le basculement esthétique du design français des années 1950 à celui des années 1960.
Surtout, au cours des années 1951-1961, les créations de ces jeunes designers sont profondément inspirées par l’effervescence intellectuelle et créative qui prévaut à cette époque dans le monde de l’art comme dans ceux de la littérature et de la mode, mais aussi ceux des sciences, de l’industrie et de la diplomatie française, caractéristique des «Trente Glorieuses» (1946-1975).

Au-delà des concomitances chronologiques, qu’est-ce que ces premiers designers français ont-ils en commun?
Pascal Cuisinier. Ces jeunes designers partagent une véritable vision commune. Sans être un groupe ou un mouvement à proprement parler, ils se connaissent bien, se lient d’amitié et partagent les mêmes options quant à l’édition ou aux choix formels et fonctionnels. Ponctuellement, ils s’associent par exemple au sein de l’Atelier de Recherche Plastique (ARP), l’Association des Créateurs de Modèles de Série (ACMS) ou le groupe 4 chez Charron. Certains travaillent également en couple comme Janine Abraham et Dirk Rol, Geneviève Dangles et hristian Defrance ou Antoine Philippon et Jacqueline Lecoq. Ils partagent une certaine idée de l’élégance, non seulement formelle mais aussi philosophique. On peut parler d’une forme d’élégance morale chez ces jeunes designers dont le but est de dessiner des meubles d’une grande qualité esthétique y compris pour le plus grand nombre.
En outre, les créations de ces designers sont emblématiques de l’élégance et du chic à la française, et de la grande tradition séculaire des arts décoratifs français.

critique

Pascal Cuisinier