DESIGN | EXPO

Open Enclosures

28 Mar - 22 Juin 2008
Vernissage le 27 Mar 2008

Comment réinventer l’architecture ? Lui faire reprendre contact avec les besoins intimes des utilisateurs ? Se questionne Andrea Branzi à travers deux installations présentées à la Fondation Cartier, à Paris. Des structures de verre et de métal où s’entremêlent fleurs, branches d’arbre, et voix délicieusement "rock" de Patti Smith...

Andrea Branzi
Open Enclosures

Dans le cadre de l’exposition que lui consacre la Fondation Cartier, l’architecte et designer italien Andrea Branzi imagine deux audacieuses installations créées en collaboration avec le CIRVA, le Centre International de recherche sur le verre et les arts plastiques de Marseille. Avec leurs parois de verre et de métal entremêlées d’éléments naturels – branches d’arbre et fleurs–, ces vastes installations, habitées par la voix de Patti Smith, ouvrent le dialogue avec l’architecture de Jean Nouvel. Fragiles, délicates et poétiques, ces structures hybrides illustrent ce que Branzi appelle «une modernité faible et diffuse», où perméabilité, provisoire et flexibilité sont les concepts-clés de l’architecture et du design du XXIème siècle.

Après les expositions de Ron Arad, Marc Newson et Alessandro Mendini, la commande passée auprès d’Andrea Branzi confirme l’engagement de la Fondation Cartier en faveur du design.

Né à Florence en 1938, Andrea Branzi est à l’origine de nombreuses idées novatrices qui ont nourri le design italien depuis la fin des années 1960. En tant que membre fondateur du groupe Archizoom (1966-1974), il est l’un des théoriciens de l’architecture radicale italienne, qui a inspiré toute une génération d’architectes tel que Frank Gehry, Rem Koolhaas et Daniel Libeskind. Dans les années 1970 et 1980, il a fait partie de cercles avant-gardistes, tels le Studio Alchymia et le groupe Memphis. Auteur et critique prolifique, il est l’un des cofondateurs de la Domus Academy, la célèbre école internationale de design de Milan, dont il fut directeur et vice-président durant dix ans.
En 1987, il a obtenu le prestigieux Compasso d’Oro en récompense de ses contributions dans le domaine du design.
Il est actuellement professeur et directeur de recherche en design intérieur au Politecnico de Milan, et conservateur du Museo del Design de Milan.

Les installations présentées à la Fondation Cartier  illustrent l’un des questionnements du designer : comment réinventer l’architecture après l’épuisement de celle-ci ? Selon lui, l’architecture moderne, en privilégiant les formes fermées et en rationalisant les édifices, a perdu le contact avec «les besoins et comportements intimes de ses utilisateurs» mais aussi avec les besoins d’une société «fluide» basée sur l’électronique et les services. Embrassant les réalités duelles du naturel et de l’artificiel, de l’industriel et de l’artisanal, les œuvres de Branzi s’efforcent de refléter les complexités de la société contemporaine.

Pour sa première installation, le designer a construit une mystérieuse ellipse à l’aide de techniques proches de l’artisanat. Avec le verre et le métal, il entrelace différents matériaux – plantes, arbres, chanvre – et crée une structure hybride mariant le naturel et l’artificiel. Trois sièges de la série Domestic Animals (1985), associant éléments de menuiserie industrielle et bois de bouleau brut, sont placés à l’intérieur de l’ellipse comme un écho à la nature duelle de la structure elle même. Branzi utilise le tissage – technique traditionnelle de la fabrication de la toile – pour construire une paroi légère et perméable. Rarement utilisé en construction, le tissage est pourtant employé ici afin de créer une surface flexible et démontable.

Loin d’une vision de l’architecture envisagée comme un système de modules fermés, ce travail exprime les idées de transparence et de pénétrabilité. Dépourvue de fonction définie, l’ellipse soulève davantage de questions qu’elle n’en résout : habitat collectif ? Jardin clos ? Simple treillis ? De par son double statut de sculpture et de construction, elle se trouve à la frontière entre architecture et design.

Également énigmatique, la seconde installation est désignée sous le terme de Gazebo qui signifie «belvédère». Structurée comme un pavillon, l’installation est dotée d’éléments décoratifs élaborés. Ses parois en fines barres d’acier sont rehaussées d’un galon en métal tressé et de formes organiques en verre aux nuances colorées, conférant une certaine sensualité à cette structure géométrique minimaliste. À l’intérieur, un vertical home, élément de mobilier, remplit les fonctions de lit, d’étagère ou de plan de travail, transformant cette installation en espace de vie imaginaire. Traditionnellement, un Gazebo est un abri depuis lequel on admire le paysage. À ceci près que, pour Branzi, la nature a cessé d’être un élément passif ; elle possède une énergie propre, comparable à l’énergie électronique, qui bien que «faible», modifie nos cités de manière invisible.

Omniprésents dans le travail de Branzi, la nature et ses modes de production sont envisagés comme des modèles conceptuels et des forces avec lesquels l’architecture et le design peuvent interagir. Exprimant ce potentiel, Branzi intègre dans et autour de ses œuvres des éléments naturels tels que plantes et fleurs. Sur le plan conceptuel, le bâtiment de Jean Nouvel offre un environnement idéal à ces installations : à l’instar des structures d’Andrea Branzi qui s’efforcent de brouiller les frontières entre intérieur et extérieur. Pour Branzi, c’est ce brouillage des frontières qui exprime le mieux notre réalité contemporaine.

Éliminant les distinctions entre intérieur et extérieur, forme et fonction, nature et technologie, ces deux installations offrent une vision nouvelle de l’architecture et du design. Ce sont des métaphores de l’architecture de demain, reposant non plus sur une verticalité vertigineuse, mais sur des structures légères, flexibles et éphémères, intégrant l’énergie «faible et diffuse» de la nature et de ses saisons.
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critique

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