PHOTO | EXPO

Nostalgie de la continuité perdue

13 Sep - 27 Oct 2012
Vernissage le 12 Sep 2012

L'exposition "Nostalgie de la continuité perdue" revient sur les clichés des années 1974-75 et 1982-83. Lors de ces périodes Holger Trülzsch arrache, plie et craque ses tirages, pour déstructurer, détruire l'illusion de la perspective. Il reconstruit alors l’image dans l'espace de la feuille de carton, et reconstitue dans la discontinuité une image mentale de l'image détruite.

Holger Trülzsch
Mais nous avons la nostalgie de la continuité perdue

Dans les années 70, je vis à SoHo, déjeune au Food Restaurant, nous nous y retrouvons entre artistes, parfois nous discutons avec Matta Clark de «l’anarchitecture» ou de son art de cuisiner la photographie, de griller les tirages à la poêle, les bouillir, enduire d’huile, coller dans des emballages en carton.

À cette époque, tout en poursuivant divers projets photographiques entre autres conceptuels, je commence à développer une sorte de laboratoire d’idées et de recherches sur une centaine de feuilles de carton gris, de même format 100 x 70 cm, trouvées sur un trottoir de SoHo, emballées dans un papier déchiré.

Parmi mes tirages photographiques sur papier au gélatino-chloro-bromure, je choisis ceux qui représentent notamment des dispositifs conceptuels, mises en scènes, autoportraits, actes performatifs. Je déchire ces tirages, arrache, plie, craque, pour déstructurer, détruire l’illusion de la perspective, reconstruire l’image dans l’espace de la feuille de carton, reconstituer dans la discontinuité une image mentale de l’image détruite.

A partir de 1971, je fais quelques Cracking Lines, c’est à dire des pliures dans l’émulsion du tirage qui strient systématiquement la photographie de lignes parallèles verticales, horizontales et diagonales, qui interrompent la structure de l’image tout en construisant une autre structure, une nouvelle image.

Dès 1974, avec les Arrachages, je décolle l’émulsion du support papier, arrache la mince et fragile pellicule, compose la dispersion en cherchant la tension dynamique entre les prélèvements photographiques et les déchirures blanches du papier.

A la fin des années 70, je quitte N.Y pour vivre à Paris. Ces nouveaux développements de la photographie issus de la scène new-yorkaise sont ignorés voire refusés par le milieu photographique français, mais paradoxalement c’est cet isolement qui me permet de continuer en toute liberté mes recherches.

En 1988, le motif photographique de l’architecture d’un pont de Paris est particulièrement bien approprié au procédé des Cracking Lines, la structure du pont est à la fois accentuée et entièrement transposée. Une première version de cette œuvre, constituée de 4 tableaux photographiques de même format (100 x 140 cm), disparaît lors d’un incendie dans les réserves du CNP au Palais de Tokyo.
Certaines des Cracking Lines exposées sont les études de cette œuvre disparue.

Article sur l’exposition
Nous vous incitons à lire l’interview de Holger Trülzsch, rédigée par ———, en cliquant sur le lien ci-dessous.

critique

Holger Trülzsch