ART | EXPO

New Found Land

07 Mar - 01 Avr 2009
Vernissage le 07 Mar 2009

Mêlant un regard subjectif à une analyse structurelle de l’espace qui reçoit l’œuvre, Marie-Jeanne Hoffner place au cœur de ses recherches l’incident, le paysage, la rencontre du corps avec l’architecture.

Communiqué de presse
Marie-Jeanne Hoffner
New Found Land

S’approprier l’espace
Marie-Jeanne Hoffner interroge notre connaissance de l’espace, et en particulier des espaces quotidiens qui sont le théâtre des mouvements du corps autant que de ceux de l’esprit. Son travail a pour effet de déjouer et de brouiller nos modes d’identification automatique en y insinuant des déplacements de temps et de conscience, ces déplacements que Marcel Duchamp qualifiait « d’effets-retards » et qu’il pensait nécessaires pour questionner le réel.

A la reconnaissance immédiate du type et de la fonction du lieu, tissée de la première expérience visuelle et corporelle que l’on en fait, Marie-Jeanne Hoffner rajoute une superposition de transparences, au sens premier comme au figuré. Mettant en jeu divers modèles de représentation, elles sont destinées à suggérer une libre inscription de l’individu dans l’espace.

Ce travail interpelle en premier lieu la conscience subjective du visiteur et repose largement sur des interventions éphémères et in situ prenant pour cadre des espaces intérieurs de la vie quotidienne, considérés comme territoires par excellence de l’intime et de l’intériorité.

Le « hic et nunc » de l’installation accentue les retards et les glissements, même si les décalages mis en oeuvre font parfois dialoguer le dedans et le dehors ou l’architecture et le paysage, questionnant ainsi le rapport de cette subjectivité au corpus de l’acquis culturel et collectif. Les installations mettent souvent en scène empreintes et prélèvements de détails ou d’irrégularités d’un espace, donnés à voir sur place et comme autant d’indices sensibles révélant autant sa singularité qu’une impossible globalisation de sa perception.

Le trouble qu’induisent les oeuvres de Marie-Jeanne Hoffner repose largement sur un usage de plans transparents – film plastique, papier calque, vitre ou surfaces évidées que le regard traverse – tendus verticalement et intercalés entre le visiteur et l’espace, l’obligeant à un déplacement latéral plus que direct, allant parfois jusqu’à lui en rendre l’accès impossible autrement que visuellement et mentalement.

S’y reconnaissent des vues en perspective et à main levée de l’espace, le dessin simple de la forme d’une maison, des cartographies urbaines simplifiées. Marie-Jeannne Hoffner réalise aussi des dessins au scotch, de grande échelle et à même le mur, de schémas de pliage et de construction de volumes simples, des formes que la matérialité du mur vient alors remplir.

Dessins, plans, cartes, schémas et maquettes sont aussi bien les archétypes d’une imagerie enfantine de l’espace que les outils de l’architecte et du géographe. Perceptions de l’espace représenté et de l’espace réel se superposent, le premier parasitant le second. Les modèles de représentation d’une pensée de l’espace et de la construction sont manipulés comme les signes génériques d’une culture collective, brouillant et redynamisant l’approche singulière de l’individu par allers-retours entre le réel et le figuré. Le travail glisse vers l’abstrait et les espaces s’apparentent des « topoï » plus qu’à des lieux réels.

Comme la cartographie relie l’espace réel à celui du livre et de la vision, le travail de Marie-Jeanne Hoffner articule le réel à sa représentation en jouant de la transparence mais aussi des basculements de plans. Le sol horizontal devient plan frontal de représentation, l’image s’inscrit dans la réalité. Les deux espaces ne se masquent jamais complètement, au contraire ils s’assimilent dans la perception, s’y projettent en abyme, induisant un mécanisme d’accommodation entre univers hétérogènes.

Références et expériences se conjuguent et Marie-Jeanne Hoffner construit son oeuvre à partir d’une relecture de principes relevant autant de la peinture que de la sculpture. Mais elle évite tout processus de citation et suggère davantage un positionnement actif de l’individu au regard d’archétypes culturels.

Dans l’Antiquité, l’architecture et l’espace construit étaient pensés comme modèles rhétoriques pour l’art de la mémoire. Or c’est bien à une singularité de la conscience et de la mémoire qu’il est ici fait appel. Dans une société de la segmentation des savoirs et du formatage par l’économique, peut-on y voir un mode de vigilance ou de résistance au quotidien ? Olivier Grasser. Texte paru à l’occasion de l’exposition « Résidence Surveillée », Galerie du Haut Pavé – 2004

critique

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