DANSE

Beloved Shadows

12 Déc - 13 Déc 2019

Est-ce une danse solitaire ou bien un duo avec une « ombre bien-aimée »? Est-ce un peep-show sensuel ou un confessionnal angoissé ? Beloved Shadows, la nouvelle chorégraphie élaborée par la danseuse Nach, est tout ceci et bien plus encore.

La danse a toujours fait partie de la vie de Nach, occupant une place centrale dans la culture capverdienne de sa famille. Cependant, ce n’est qu’à 22 ans qu’elle en fait sa passion et profession, suite à une rencontre coup de foudre avec la danse urbaine appelée le krump. Après le succès de Cellule (2017), sa première composition chorégraphique, Nach revient avec un autre solo : Beloved Shadows (2019).

Fruit d’une résidence artistique dans la Villa Kujoyama à Kyoto, le spectacle mêle krump et Butô, deux danses nées dans la douleur et la révolte. La première danse s’est développée dans des quartiers pauvres de Los Angeles, suite aux émeutes de 1992, déclenchées par les violences racistes de policiers ; la seconde est fondée par Tatsumi Hijikata dans le Japon des années 1960, en réaction à l’horreur de la guerre et à l’occupation américaine. Nach y puise toute l’intensité requise pour danser l’amour et la mort.

Beloved Shadows : un peep-show-confessionnal

Ornée de miroirs et illuminée de néons écarlates, la scène a l’apparence d’un peep-show. Mais un peep-show qui aurait le rôle d’un confessionnal, intimiste et introspectif, où la passion humaine se dévoile sous toutes ses facettes. Sensuelles comme violentes, sexuelles comme funestes. Le corps joue avec la tension musculaire et le lâcher-prise, incarnant douleur et jouissance. Il s’agit de danser l’emprise physique du désir, entre envoûtement, dévorement et torture. Beloved Shadows met ainsi au cœur de la vie comme de l’art l’amour : Eros, perçu comme l’énergie vitale qui impulse la puissance créatrice de l’individu et de l’artiste. Mais cette force est mise à l’épreuve par la mort : celle de l’amour, de l’amant, et la sienne.

Fantômes et fantasmes dans Beloved Shadows

Beloved Shadows se présente notamment comme une série d’hallucinations romantiques, au cours desquelles la danseuse rencontre un amour perdu, un fantôme fantasmé. Les vivants se mêlent ainsi aux morts, le réel à l’irréel, créant une brèche entre deux univers distincts. Nach interroge cette intersection-même, créée par la danse : devient-elle fantasque en imaginant cette rencontre ? Devient-elle spectre en convoquant d’autres personnages ? La voici, en effet, qui disparaît pour incarner une vieille femme ou une boxeuse. La voici littéralement hantée. La danse dépasse ainsi l’individu pour accueillir des générations entières, toutes préoccupées par l’amour et la mort. « Dans ma danse, il y a mes ancêtres, il y a ces femmes, puissantes, fragiles, désirantes, belles, combattantes…des mères, des sœurs, amantes, grands-mères, exploratrices, créatrices…chairs puis cendres. », conclue Nach.