ART | EXPO

More Body Doubles

20 Fév - 20 Mar 2010
Vernissage le 20 Fév 2010

Brice Dellsperger présente les deux derniers films de sa série «Body Double», ainsi que des tirages photographiques liés à son dernier opus, Body Double 22, et un dessin inédit de Jean-Luc Verna.

Brice Dellsperger
More Body Doubles

Air de Paris présente la prochaine exposition personnelle de Brice Dellsperger, « More Body Doubles », à l’occasion de laquelle seront présentés les deux derniers films de sa série «Body Double», ainsi que des tirages photographiques liés à son dernier opus, Body Double 22, et un dessin inédit de Jean-Luc Verna.

Pour Body Double 23, Brice Dellsperger déconstruit la séquence du casting du Dahlia noir de Brian de Palma, qui est déjà en elle-même un premier redoublement, entre le jeu de l’aspirante starlette et son image dans l’écran de capture. Le maquillage du corps de la nouvelle interprète de Betty Ann Short reprend ses futures mutilations. Les scènes ne sont pas juste reprise mais transformées en quelque chose d’absolument nouveau – un Body Double.

Avec Body Double 22, Brice Dellsperger s’empare de Eyes Wide Shut de Kubrick, un peu plus de dix ans après sa sortie. A nouveau, il collabore avec Jean-Luc Verna, qui tient simultanément tous les rôles. A la différence de ses films précédents, qui consistaient en la reprise d’une seule scène (hormis BD X qui reprenait l’intégralité de L’important c’est d’aimer de A. Zulawski, et BD16 qui reprenait des scènes de deux films différents), ce nouvel opus est l’occasion de l’application des mêmes principes de réalisation sur plusieurs scènes : des doublures dédoublées en autant de personnages féminins.

Le trouble dans le genre qu’opère l’artiste (son acteur est systématiquement travesti en femme, même pour interpréter de rôles masculins) contamine à nouveau l’exercice du remake. Multipliant les scènes rejouées (le film dure 35 minutes), Body Double 22 en bouscule l’ordre. Il réorganise différentes séquences du dernier chef-d’œuvre de Kubrick autour de la scène-clé du film, ici récurrente: le rituel secret découvert par le docteur Harford.

Les opérations de dédoublement affectent alors la linéarité de la fiction, pour répartir comme en autant d’espaces les scènes rejouées et tournées dans différents espace d’un même théâtre (le récit du rêve, la visite à la morgue, la femme nue dans la salle de bain, la visite à la fille du patient décédé…). Les jeux d’incrustation permettent jusqu’à la superposition de scènes en un même plan (la dispute). Le recours au doublage sonore accentue le trouble général et contribue à le distancier du film de Kubrick.

A la fois extrêmement fidèle dans la reconstitution des scènes, mais infidèle dans leur restitution (une actrice dont le corp préfigure le cadavre pour BD 23, un même acteur, un ordre chamboulé, une scène récurrente pour BD 22), Brice Dellsperger saisit à la fois le destin et les obsessions des personnages, le souvenir auquel le film peut donner lieu, et sa condensation dans une nouvelle forme.

A l’instar de ses précédents opus, ces Body Double permettent également de réévaluer la réelle portée de son projet tant ils vont à la fois en deçà et au-delà du film qu’ils copient : retourner à la source du projet initial et le restituer ainsi que la mémoire aurait pu le faire. A l’instar de tout souvenir, qui est contraction, étirement, réinterprétation, en bref transformation d’une séquence vécue – ici filmée.

Article sur l’exposition
Nous vous incitons à lire l’article rédigé par ———- sur cette exposition en cliquant sur le lien ci-dessous.

critique

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