ART | EXPO

Minimal Extensions – sixties versus contemporary

10 Sep - 25 Oct 2015
Vernissage le 10 Sep 2015

Avec le minimalisme comme référence, cette exposition collective en forme d’hommage au «sixties» confronte deux générations d’artistes. Pour explorer les ruptures formelles opérées durant les années soixante et, dans le même temps, pour découvrir comment elles continuent à marquer fortement la production artistique d’aujourd’hui.

Getulio Alviani, William Anastasi, Gary Kuehn, Charlotte Posenenske, Peter Roehr, Rémy Zaugg versus Georg Herold, Gregor Schneider, Jochem Hendricks, Myriam El Haïk, Jean-Christophe Norman, Pierre Sportolaro, Axel Lieber, Barbara Steppe
Minimal Extensions – sixties versus contemporary

Le minimalisme est une référence incontournable et récurrente qui fait partie de la ligne programmatique dans la mesure où l’on peut appréhender les démarches d’artistes de la galerie comme des «extensions» de ce mouvement. D’où l’intérêt de confronter dans cette exposition collective deux générations d’artistes pour explorer les correspondances et les tensions entre les œuvres représentatives des avant-gardes des années soixante et les travaux récents d’artistes clés de la galerie.

Ce caractère historique permet de porter un nouveau regard sur les ruptures formelles opérées durant les années soixante et, dans le même temps, de découvrir comment elles continuent à marquer fortement la production artistique d’aujourd’hui. La galerie présente un ensemble d’œuvres qui dialoguent entre elles. Les démarches se croisent, ce qui permet d’une part de mesurer l’importance de ces artistes précurseurs qui ont fait bouger et renouveler la tradition et d’autre part de découvrir les variations et extensions apportées aux idées minimalistes des débuts.

Les «sixties» sont présents à travers des œuvres provenant de la collection de Jochem Hendricks, constituée d’artistes américains, italiens, allemands et français redécouverts à l’occasion de leur participation à de prestigieuses manifestations internationales (Documenta, Biennale de Venise,…) ainsi qu’à de nombreuses expositions au sein des galeries qui les soutiennent (Jocelyn Wolf, Mehdi Chouakri, …).

Les liens amicaux et artistiques de William Anastasi avec John Cage, Mercie Cunningham et Carl André furent intenses et déterminants. Comme pour eux, le concept, l’idée est le point de départ de la démarche plastique. C’est au cours de la réalisation des «walking drawing» qu’il a instauré un nouveau processus de création dans lequel le mouvement confère au geste l’énergie qui transparaît dans l’œuvre.

Les Black Paintings de Gary Kuehn se référent explicitement au minimalisme, aux sources mêmes du modernisme théorisé par le critique américain Clément Greenberg et incarné formellement par Ad Reinhardt et ses Ultimate Painting. Gary Kuehn procède à leur répétition sur la surface de la toile de manière à créer un quadrillage qui met en valeur la matérialité du support.

Les sculptures minimales de Charlotte Posenenske se fondent sur le concept de reproductibilité et donc d’infini. La simplicité de leurs formes géométriques les apparente à des éléments de construction dont l’agencement peut être modifié. Cet aspect instaure une relation particulière à l’espace qu’elles modifient à leur tour au gré de leur repositionnement. Elle procède par séries dans le but de destiner ses objets au plus grand nombre de personnes qui deviennent en charge des œuvres et se trouvent ainsi impliquées dans le processus créatif. Il n’est pas surprenant que Charlotte Posenenske se soit consacrée à la sociologie a partir de 68, estimant que l’art ne pouvait avoir un impact politique à ses yeux suffisant.

L’artiste allemand Peter Roehr, mort en 68 à l’âge de 24 ans, est une référence incontournable pour les artistes contemporains. Son travail repose sur les principes du collage, du montage et de la répétition. Proche en cela d’Andy Warhol, Peter Roehr brouille et déconstruit le caractère propre à l’image mass médiatique en lui appliquant toutefois la froideur du minimalisme.

Le travail de l’artiste italien Getulio Alviani est représentatif de l’art cinétique. Proche de Richter, d’Alberto Biasi, Julio le Parc, François Morellet et Enrico Castellani, membre du groupe de recherche d’art visuel, il cherche à instaurer dans ses œuvres une relation au spectateur dynamique. Ses «supports vibratiles» constitués de tôle d’aluminium moulée et polie créent des effets de texture mouvante qui se modifient selon l’angle de vision.

La présence du langage caractérise l’Art Conceptuel. A la différence du geste radical de Joseph Kozuth, Rémy Zaugg utilise le langage de manière à poser la question du regard et de la visibilité. Ses compositions se fondent sur un jeu avec la couleur dans laquelle se fondent des bribes de phrases, telles des apparitions éphémères qui obligent le spectateur à passer en permanence du sujet à l’objet. Dans ce mouvement surgissent des images mentales liées à des thèmes existentiels, la présence, la mort. Les artistes contemporains présents dans l’exposition partagent le même désir de perpétuer cet esprit des sixties.

L’œuvre de l’artiste allemand Georg Herold se caractérise par la technique du détournement d’objets qui s’inspire à la fois de l’esprit Dada et de l’Arte Povera, à l’instar des peintures faites à l’aide de substances comme le caviar, à la fois précieuse et dégradable. Dans cette tension se loge la dimension critique de sa démarche qui dénonce un certain coté du monde de l’art associé au luxe.

La littérature est au fondement de la pratique de Jean-Christophe Norman. Il puise dans des textes associés au thème du déplacement qu’il fait accéder à une autre dimension en les portant à la visibilité spécifique de l’image. Au cours de cette transcription à l’intérieur de compositions picturales, les textes de Borges, de Proust, de Joyce prennent la forme de signes calligraphiques abstraits qui rappellent ceux de Cy Twombly.

Myriam El Haïk place le processus de l’action au premier plan, d’où la dimension performative de ses dessins sur papier. D’un geste répétitif, elle fait se déployer des signes à la simplicité minimaliste, qui s’inspirent de la graphie arabe, latine ou de la notation musicale. Les formes ainsi créées traduisent les rythmes multiples qui les ont fait advenir.

Gregor Schneider, réfléchit aux relations complexes entre l’individu et l’espace architectural collectif. Un espace menaçant, à l’instar de ce fragment mural à l’inquiétante étrangeté.

Le travail de Jochem Hendricks présente de nombreux liens avec l’histoire de l’art. L’œuvre présentée dans l’exposition résulte de tirs effectués sur la surface métallique qui forment des sortes de cratères. Il réitère à la fois le geste historique de Niki de Saint Phalle et celui de Lucio Fontana portant atteinte à l’intégrité de la surface picturale.

Les dessins de Pierre Sportolaro sont exécutés au cours de voyages en avion, sous l’effet des mouvements de l’appareil. Sur la surface du papier, Pierre Sportolaro laisse surgir des tracés imprévus, sortes d’empreintes des sensations qui traversent à la fois le corps et le mental plongés dans un état d’absence au monde. Un corps minimal, un corps «potence» qui laisse vivre le bras comme un balancier qui relèverait les plus infimes mouvements de l’avion.

Dans sa structure — un matériau industriel — comme dans le processus artistique — la production par des tiers — l’étagère Bücherbord Reinhard de Barbara Steppe présente deux aspects emblématiques de la sculpture minimaliste. Ce travail s’inscrit dans la série des «portraits» que l’artiste a entrepris depuis une quinzaine d’années. Bücherbord Reinhard est composée de casiers de différentes dimensions qui renvoient au découpage du temps d’Ad Reinhard partagé entre vie sociale et vie individuelle, établi par lui-même pendant une journée ordinaire. L’œuvre pourrait être appréhendée comme un commentaire ironique au sujet du débat sur le non-anthropomorphisme de la sculpture minimaliste.

Le caractère d’objet profane que le minimalisme a introduit dans la sculpture occupe une place centrale dans le travail d’Axel Lieber. Mais l’artiste opère un déplacement, passant des matériaux industriels typiques du début du minimalisme (l’acier, le plexiglas,…) au carton. De même, il détourne le processus traditionnel de la sculpture passant d’une logique de la construction à une logique de la déconstruction. Ce qu’il reste après quelques coupes de scalpel d’un gobelet ou d’une petite boîte de médicaments sont des miniatures d’une géométrie calculée qui, en gardant la trace de leur origine dans la vie quotidienne, s’imposent par leur présence incontournable.

Ces artistes, grâce à leur volonté d’expérimentation et de dépassement des genres traditionnels, grâce à l’importance accordée au geste et au mouvement, pérennisent l’esprit des Sixties.