ART | EXPO

Michel François

08 Jan - 05 Fév 2011
Vernissage le 07 Jan 2011

Entre légèreté et pesanteur, vide et remplissage, compressions et prolifération, les sculptures de Michel François cachent une complexité formelle, sensible et conceptuelle derrière l'apparente simplicité des formes.

Michel François
Michel François

«Cher Michel,
Je suis très heureux que tu m’aies proposé d’écrire ce communiqué de presse pour ta première exposition personnelle à la galerie kamel mennour. A l’heure où j’écris ces lignes, à quelques jours du vernissage, je sens que rien n’est encore tout à fait décidé quant aux oeuvres que tu y montreras, et cela ne m’étonne pas. Je sais, puisque nous avons déjà travaillé ensemble*, que tout peut bouger, se modifier, se déplacer, jusqu’à la dernière minute.

Parce que ton travail n’est jamais définitivement figé, mais au contraire constamment mouvant, dynamique, proliférant. Naturellement en recyclage et en reconfiguration permanente. Et c’est précisément ce qui en fait pour moi la force: son caractère organique, biologique, sauvage. En un mot: vivant.

Il sera question de sculpture, évidemment, puisque c’est cette pratique qui détermine l’économie de tout ton travail. Par cela, j’entends, malgré une grande diversité des médiums, une préoccupation liminaire et structurante pour des enjeux d’espace, de matière, de volume et d’équilibre, jouant sur une série de tensions. Légèreté et pesanteur, vide et remplissage, compressions et prolifération, le tout dans un régime de la contradiction permanente, à l’intérieur de chaque oeuvre aussi bien qu’à l’échelle de l’exposition. Et c’est ainsi que tout est paradoxalement lié, je crois, chez toi: par ces dissensions fondamentales. Unité dans le désordre. Désynchronisations chroniques. Alors, oui, de la sculpture, mais que l’on pourrait qualifier de conceptuelle, ou tout au moins idéelle, dans sa chair matérielle.

Sculptures métaphoriques d’un brouillage général des sens et de la raison dans la dépense gratuite, la consommation et l’éparpillement contemporains. Une occasion aussi d’aborder des notions comme la contamination, l’énergie destructive, la transformation, la claustrophobie, l’enfermement, l’ordre et le chaos, l’entropie. Ce qui m’a toujours marqué chez toi, c’est la manière dont chaque forme est irriguée par un réseau de références et de narrations intimes et universelles, mais qui reste volontairement sous-terrain, non discursif, indéterminé.

Des motifs récurrents, obsessionnels, issus de voyages, rencontres, lectures, pensées, et autres expériences personnelles. En bref, d’une insatiable curiosité pour le monde. Invisible, mais sensible. Autant d’images hybrides et de forces hétérogènes que tu agrèges et cristallises comme si tu voulais embrasser, avec amour et acharnement, la totalité du monde, avec dans le même mouvement le désir et la violence, la distance et l’émotion, la beauté et la cruauté.

Par exemple? Un squelette transfiguré, «ré-incarné» avec outrance jusqu’à l’abstraction, qui passe de l’organique au sculptural, de la morbidité à la célébration, en devenant support d’une expression libre, sauvage et spontanée, en écho à certaines traditions festives d’Amérique centrale. Ailleurs, cette structure cubique, support d’un enchevêtrement de tiges de métal, comme une toile d’araignée industrielle, improbable rejeton de Spiderman et Ironman.

Ses qualités sculpturales jouent sur des tensions, là encore, entre la silhouette radicale et pure de l’ensemble et un motif intérieur fin et complexe, mais aussi dans son caractère à la fois imposant et fragile, puisque tout est tenu par des billes aimantées. Paradoxe entre le hasard et la nécessité, l’ornement et la brutalité, également, dans ces découpes de plasticine colorée explosées sur les parois d’un cube de verre.

Bref, je suis persuadé que cette sélection d’oeuvres récentes restera, comme toujours avec toi, à double tranchant. Dans la forme et dans le fond. Et je n’aime rien tant que lorsque l’apparente simplicité de tes pièces, leur caractère a priori minimal, élégant dans son évidence, cachent une complexité formelle, sensible et conceptuelle qui ne cesse d’en percer la surface».

Guillaume Désanges, Commissaire d’exposition et critique d’art *notamment «Plans d’évasion», exposition monographique au Smak de Gand en 2009, commissaires: Guillaume Désanges & Philippe Van Cauteren

critique

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