DANSE | SPECTACLE

Festival d’Automne | Histoires sans histoire(s)

12 Oct - 16 Oct 2019

Dans le cadre du Festival d'Automne, Chaillot - Théâtre national de la Danse présente un double programme "Centenaire Merce Cunningham". Premier volet, Histoire sans histoire(s) de Petter Jacobsson et Thomas Caley (CCN - Ballet de Lorraine) propose ainsi une création et deux reprises.

2019 marque le centenaire du chorégraphe américain Merce Cunningham (1919-2009). Jonction entre la danse moderne (et/ou postmoderne) et la danse contemporaine, Merce Cunningham est l’un des chorégraphes les plus connus. Pédagogue, il a formé des générations de danseurs et danseuses du monde entier. Élèves à leur tour devenus, parfois (souvent), chorégraphes. Avant-coureur, il a été l’un des pionniers des recherches mêlant danse, vidéos et programmation informatique, par exemple. En marge rapprochée du Black Mountain College et de Fluxus, son travail chorégraphique s’est emparé des grandes questions de son temps : systèmes, aléatoire, perceptions, écriture du mouvement… S’il n’a jamais basculé dans la performance pure, ou le Happening, ses expériences ont changé la danse. Saluant ce monument chorégraphique, le Festival d’Automne à Paris lui consacre donc un portrait. Dont fait partie la soirée Histoires sans histoire(s), par le CCN – Ballet de Lorraine, sur la scène de Chaillot – Théâtre national de la Danse.

Histoires sans histoire(s) : le CCN – Ballet de Lorraine revisite Merce Cunningham

Merce Cunningham aura, en un sens, gardé le cadre du théâtre (lieu), et l’organisation structurée du classique. Ce qui est un peu au spectacle vivant ce que le laboratoire est à l’expérience scientifique. Un contexte rigoureusement défini et monitoré, dans lequel pousser les expériences jusqu’aux limites. Excellence, virtuosité et précision sont donc de rigueur pour incarner certaines de ses pièces les plus pointues. Pour le Portrait Merce Cunningham du Festival d’Automne, Chaillot présente ainsi deux programmes : Trois Ballets, et Histoires sans histoire(s). Trois Ballets réunira l’Opéra national de Paris, le Royal Ballet de Londres et l’Opera Ballet Vlaanderen. Histoires sans histoire(s) sera porté par le Centre Chorégraphique National – Ballet de Lorraine, sous la direction de Petter Jacobsson et Thomas Caley. Soirée en trois actes, Histoires sans histoire(s) reprend / prolonge For Four Walls (2019) d’après Four Walls (1944), Fabrications (1987) et Sounddance (1975). Soient une création et deux réinterprétations.

Petter Jacobsson et Thomas Caley : une création (For Four Walls) et deux reprises

For Four Walls (2019) de Petter Jacobsson et Thomas Caley, prend les traits d’un ballet pour vingt-quatre danseurs. Sur la musique de John Cage, Four Walls, interprétée en direct par la pianiste Vanessa Wagner. Performance donnée une seule fois en 1944, peu d’éléments de la chorégraphie originelle en subsistent. Zone de repentir ou de spéculations féconde, Petter Jacobsson et Thomas Caley s’y sont plongés pour créer For Four Walls. Pièce pour quinze danseurs, avec Fabrications (1987) Merce Cunningham a creusé la question de l’aléatoire et des combinatoires à partir d’un procédé à soixante-quatre éléments. Soixante-quatre, comme au Yi King, cet outil de divination ou l’aléatoire (les probabilités effectuées) sert à produire de la signification. Les danseurs y enchainent donc des phrases chorégraphiques, courtes, selon un ordre aléatoire. Une certaine mélancolie émane de ce procédé de fabrication chorégraphique.

Fabrications et Sounddance : Merce Cunningham contre, tout contre, le ballet

Enfin, avec Sounddance (1975), pièce pour dix danseurs, Merce Cunningham aura créé un opus court et vif (dix-sept minutes), en forme de contradiction portée à l’uniformité du ballet classique. La pièce se déploie sur la musique de David Tudor, dans un décor créé par Mark Lancaster. Sounddance marque d’ailleurs le début de la collaboration fertile entre Merce Cunningham et Mark Lancaster — plus d’une quinzaine de pièces, entre 1975 et 1984. Contre-ballet vibrant et vibratile, chaos organisé, Sounddance reflète assez bien l’influence chorégraphique de Merce Cunningham dans la danse : contre, tout contre le ballet. De dispositifs en protocoles, d’expérimentations en spéculations : son influence comme son sillage restent majeurs. Histoire sans histoire(s) est ainsi l’occasion d’en savourer quelques morceaux habilement choisis, et prolongés, par le CCN – Ballet de Lorraine de Petter Jacobsson et Thomas Caley.