ART | EXPO

Limites

08 Sep - 03 Nov 2012
Vernissage le 08 Sep 2012

En s’attardant sur des espaces mis entre parenthèses, que les conflits politiques et les pressions économiques ont rendu invisibles, inaccessible ou marginalisés, c’est bien une pensée et une vision singulières de l’Europe, dans ses liens historiques et actuels aux continents limitrophes, que les trois artistes nous soumettent ici.

Monique Deregibus, Benoît Laffiché, Till Roeskens
Limites

En montrant les travaux de Monique Deregibus, de Benoît Laffiché et de Tille Roeskens, l’exposition propose une exploration de territoires — pour la plupart situés dans la région méditerranéenne — dont la délimitation des contours ou des frontières renvoie à des événements historiques et des conflits dont les tensions et les conséquences géopolitiques, humaines et sociales se font encore sentir.

Ligne verte et quartier de Varosha à Chypre, Espace Schengen et Détroit de Gibraltar, Oblast de Kaliningrad et quartier Consolat-Mirabeau de Marseille définissent des zones tampons, regroupent ou isolent des populations, déterminent ou contrôlent leurs flux. C’est le plus souvent sous l’angle du paysage, naturel et urbain, que les artistes abordent tout l’arbitraire, la violence et la complexité des conséquences de ces tracés et regroupements. Ils renoncent néanmoins à la perspective traditionnelle — vision unique et englobante — pour adopter des points de vue pluriels et mobiles mieux à même de réactiver le potentiel mnémonique, fictionnel, voire mythologique de ces paysages.

Benoît Laffiché utilise la métaphore botanique (Strait of Gibraltar) ou trois plans fixes de la mer (Sud Schengen) pour créer une autre cartographie des lieux les plus emblématiques où se polarisent les flux migratoires mais suggère également une contradiction entre une nature faisant fi des frontières et les tentatives de contrôle de ces flux.

Till Roeskens élabore une cartographie du quartier Consolat-Mirabeau de Marseille non plus à partir du point de vue, surélevé et globalisant, du plan, mais de l’intérieur même des récits des habitants. A la croisée du documentaire et du conte, on assiste en direct au développement, erratique mais quasi organique, d’une représentation «vaste comme un paysage, légère comme une carte», dont la matière première est la parole.

Dans les photographies de Monique Deregibus, c’est l’omniprésence de la ruine (minérale, végétale et architecturale) qui dénote l’entropie, la déréliction post-coloniale et post-industrielle, à laquelle sont progressivement voués certains territoires mais également le souvenir persistant de l’histoire et de ces mythes.