DESIGN | EXPO

L’exhibition[niste]

25 Fév - 26 Juil 2020

Penser le design de chaussures à talons, c'est en définitive re-designer les lignes de la jambe et du pied de la personne qui les portent. Cette double attention se trouve au cœur de la création de souliers de Christian Louboutin, mondialement connu pour ses escarpins excentriques dont le design quitte souvent la sphère  utilitariste de la mode de luxe pour entrer dans l'univers du fétichisme et du fantasme.

Tout commence au Palais de la Porte Dorée. Le petit Christian Louboutin, né dans le 12e arrondissement de Paris, y passe tous ses dimanches, fasciné par l’architecture de ce chef-d’œuvre de l’Art déco, par les œuvres du Musée des arts d’Afrique et d’Océanie qui s’y trouvent alors, et par les poissons aux écailles brillantes et colorées de l’Aquarium tropical.

Vers l’âge de 10 ans, il y fait une rencontre marquante : un panneau interdisant de marcher avec des talons sur le sol précieux du musée. L’image de l’escarpin barré d’une grosse croix rouge déclenchera une passion invétérée pour le dessin et la fabrication de souliers.

L’une de ses premières créations, le soulier Maquereau, s’inspire notamment de l’iridescence des poissons tropicaux de l’Aquarium. En hommage au rôle joué par le Palais de la Porte Dorée dans sa vie, Christian Louboutin y exposera trente années de création en 2020.

Christian Louboutin inspiré par les muses des arts décoratifs

Les pérégrinations de jeunesse de Christian Louboutin au Palais de la Porte Dorée furent marquées par la beauté des bas-reliefs d’Alfred Auguste Janniot, par les fresques de Ducos de La Haille et par le mobilier de Ruhlmann et Printz. Cela contribua à forger son attachement aux arts décoratifs et aux métiers de l’art. L’exposition «L’exhibition[niste]» rend hommage aux artisans avec lesquels il a travaillé tout au long de sa carrière.

L’une des pièces maîtresses de l’exposition, le soulier de cristal, est fabriquée par des artisans français et disposé sur un palanquin conçu par des orfèvres de Séville, en collaboration avec l’atelier du créateur indien Sabyasachi Mukherjee. Nombreux sont les modèles de chaussures de Christian Louboutin sont fabriquées dans des matériaux rarement utilisés – tels que le bois de palmier, les peaux de poissons ou le cuir de Cordoue – qui nécessitent  les savoir-faire d’artisans de renom.

Les chaussures à talons de Christian Louboutin, entre sensualité et fétichisme

Parmi les chaussures les plus réputées de Christian Louboutin, celles qui l’ont imposé comme maître de la sublimation du corps des femmes,  le soulier Pigalle, emblématique paire d’escarpins noirs aux semelles rouges, est devenu un classique des garde-robes des célébrités du monde entier. En 2006, sa collection «Nudes» provoque une véritable révolution dans la mode. Il s’agit de souliers de couleur chair qui donnent l’illusion d’une prolongation infinie de la jambe.

Mais les créations de Christian Louboutin atteignent des extrémités étonnantes : certains souliers ne peuvent être portés qu’en position assise ou allongée tant leur inclinaison est forte. Le talon modèle la cambrure du pied et la ligne de la jambe. On quitte ainsi la sphère encore utilitariste de la mode de luxe pour entrer dans l’univers du fétichisme et du fantasme. L’exubérance de la fameuse paire Ultima Ballerina, chausson de ballerine noir laqué, soutenu à la verticale par un talon aiguille immense, va jusqu’à la transformer en pur objet d’art.