ART | EXPO

L’Europe des esprits ou la fascination de l’occulte, 1750-1950

08 Oct - 12 Fév 2012
Vernissage le 08 Oct 2011

Une exposition pluridisciplinaire qui explore l’emprise de l’occulte chez les artistes, penseurs et savants, dans toute l’Europe, au fil des époques décisives de l’histoire de la modernité.

Caspar David Friedrich, Francisco Goya, Henry Fuseli, Eugène Delacroix, Gustave Doré, Victor Hugo, Akseli Gallen-Kallela, Edvard Munch, Ferdinand Hodler, Odilon Redon, Jan Toorop, Nicholas Roerich, M. K. Čiurlionis, František Kupka, Wassily Kandinsky, Kazimir Malevitch, Piet Mondrian, František Drtikol, Dimitrie Paciurea, Jean Hans Arp, Paul Klee, Max Ernst, André Masson, Roberto Matta, Wifredo Lam, Fleury-Joseph Crépin, Augustin Lesage, Hélène Smith
L’Europe des Esprits ou la fascination de l’occulte, 1750-1950

Trois volets traitent respectivement: de la création artistique et littéraire abordée à travers le prisme de l’irrationnel et de l’obscur; de la tradition ésotérique revisitée dans une vaste perspective chronologique qui embrasse ses textes fondateurs et son iconographie imprimée; des relations entre phénomènes occultes et science, à travers l’évocation de figures de savants et d’expériences et la présentation d’instruments scientifiques.

«Il y a quelque chose qui vient de tellement plus loin que l’homme et qui va tellement plus loin aussi», écrivait André Breton. La fascination pour l’irrationnel et l’obscur, qui semble aussi vieille que l’humanité, s’est particulièrement exprimée dans l’art. C’est cependant, de façon apparemment paradoxale, au moment où la science des Lumières a prétendu éclairer le monde de façon rationnelle que sont apparues avec les premiers romantiques des réactions spiritualistes.

Les curieux confondent alors volontiers ce que l’on ne comprend pas avec ce qu’on veut croire, fantômes, fées ou démons. Poète et peintre, William Blake était visité par des esprits et Goethe cherchait à percer les mystères de la matière vivante et des couleurs. Avec Novalis qui parle d’art magique, l’artiste se perçoit comme voyant ou médium.

Quand apparaît au milieu du XIXe siècle le phénomène Spirite, Victor Hugo sera le premier des grands créateurs à interroger les esprits par l’intermédiaire de tables tournantes. Le spiritisme n’allait pas tarder à se répandre dans tous les milieux et à trouver un théoricien en Allan Kardec et son Livre des esprits (1857). C’est à nouveau une grande époque pour les fées, les démons, les vampires, les esprits, les possessions, les communications avec les morts, tout cela source d’une inépuisable imagerie.

Symbolistes et Nabis se passionnent pour l’occulte, entraînés par l’écrivain mystique strasbourgeois Édouard Schuré. La littérature, l’architecture, la danse, la musique, de Mozart à Wagner et de Satie à Varèse, la photographie, le jeune cinéma de Méliès à Fritz Lang, sont traversés des mêmes forces.

Au tournant du siècle, la médiumnité et les phénomènes parapsychologiques se discutent âprement. La littérature et les arts plastiques sont particulièrement concernés dans toute l’Europe. Certains sont des spirites convaincus, comme Conan Doyle ou Hilma af Klint. La théosophie préoccupe un temps le peintre tchèque František Kupka et plus durablement Piet Mondrian ou Theo van Doesburg. En Allemagne, les membres du groupe du Blaue Reiter en appellent aussi à la théosophie, comme Kandinsky ou Arp. Plus près de nous, les surréalistes voudront, eux aussi, «prendre les ordres du merveilleux». Ce sera le cas d’André Breton et d’artistes comme André Masson, Victor Brauner, Kurt Seligmann…

L’exposition, dans son volet plastique et littéraire, revisite les mouvements profonds auxquels le recours aux mythologies de l’obscur et à leurs images ensorcelantes ont répondu tout au long de ces deux siècles.

La tradition ésotérique traverse l’ensemble de la civilisation européenne, depuis ses origines les plus reculées, et c’est par les écrits, et par les gravures qui bien souvent les illustrent, que nous en avons connaissance. Réunissant leurs fonds, la Bibliothèque nationale et universitaire de Strasbourg et le Cabinet des Estampes et des Dessins des Musées de la Ville de Strasbourg réunissent les plus significatives de leurs collections, ayant trait à l’ensemble des thématiques de l’exposition: spiritisme, ésotérisme, occultisme, magie, sorcellerie, divination…

Les collections de papyrus, de manuscrits, d’incunables, de livres rares et d’alsatiques, ainsi que celles dévolues aux sciences religieuses et à la littérature, permettent de proposer un panorama révélant un monde d’écrits d’une très grande richesse, sans bien sûr pouvoir prétendre à l’exhaustivité. Le parcours plastique de l’exposition est ainsi doublé d’une histoire de ces écrits, qui font vivre cette tradition jusqu’à nos jours.

En écho à la section scientifique de l’exposition sont également exposés des travaux scientifiques ayant trait aux apparitions ou autres phénomènes surnaturels, tandis que les contacts entre science et pensées mystiques et ésotériques au cours des siècles sont mis en exergue.

Des tables tournantes de Chevreul à la métapsychique de Charles Richet, le XIXème siècle est traversé par l’intérêt des scientifiques pour les phénomènes occultes ou spirites. Au tournant de 1900, cet intérêt contribue à l’élaboration d’un certain nombre d’instruments afin de prouver ou non la rationalité des lévitations d’objets, de la matérialisation de fantômes, etc. Ce dernier volet propose de montrer cette rencontre entre scientifiques et mediums.