ART | EXPO

Les feuilles

05 Déc - 04 Jan 2009
Vernissage le 04 Déc 2008

Les oeuvres présentées ici font écho au film Sayat Nova, La Couleur de la grenade (1969) de Sergueï Paradjanov, composé selon un feuilletage de plans superposés. Elles interrogent l’origine, la transmission et la circulation des images, des formes et des histoires qui leur sont liées par des opérations de cadrage, de montage et de collage.

Barbara Blom, Robert Brer, Isabele Cornaro, Julien Crépieux, Aurélien Froment, Ryan Gander, Mark Geffriaud, Jiří Kolář, Benoît Maire, Clément Rodzielski et Raphaël Zarka
Les feuilles

« 220 jours » était un espace d’exposition temporaire situé rue Louise Weiss à Paris, qui, du 8 septembre 2007 au 30 mars 2008, a accueilli une série d’expositions collectives réunissant quatre artistes (Isabelle Cornaro, Mark Geffriaud, Benoît Maire et Raphaël Zarka) en collaboration avec gb agency.

Au cours des différents épisodes, des invitations ponctuelles étaient également faites à d’autres artistes. S’ils ont réuni un groupe mouvant
d’individus autour d’affinités esthétiques, ces 220 jours d’exposition aujourd’hui écoulés ne constituent pas une entité déterminée.

A l’initiative du projet « 220 jours », les commissaires Yoann Gourmel et Elodie Royer bénéficient d’une carte blanche dans le Module 2, et proposent dans ce cadre l’exposition « Les Feuilles ».

Cette exposition trouve son origine dans la critique du film Sayat Nova, La Couleur de la grenade (1969) de Sergueï Paradjanov, publiée dans le quotidien Libération en 1982 par Serge Daney.

Succession de tableaux vivants dont la construction s’apparente aux techniques de représentations picturales comme aux procédés du collage, Sayat Nova raconte sur un mode allégorique différents épisodes de la vie de ce poète arménien du XVIIIe siècle.

Dans un rapport quasi fétichiste aux objets et à leurs relations, Paradjanov filme chaque plan dans une frontalité nette, sans concession. La profondeur est gommée en fixant un fond à l’image : « il m’a semblé qu’une image statique, au cinéma, peut avoir une profondeur telle une miniature, une plastique et une dynamique internes » (Sergueï Paradjanov).

Référence à l’art médiéval et à la conception de la représentation de l’espace à cette époque, chaque scène de ce film-exposition est composée selon un feuilletage de plans superposés à partir d’une surface d’inscription définissant un rythme de lecture particulier : le temps est exprimé par l’espace, et l’espace en une juxtaposition de lieux qui constituent autant de moments différents de l’histoire.

Pour reprendre les termes de Serge Daney, « dans cette série d’icônes-séquences, une image ne suit pas l’autre, elle la remplace. Il n’y a pas de mouvement de caméra dans ce film, pas de liens entre les images. Nous sommes leur seul point commun. » (Serge Daney, Ciné-journal, 1982).

Si par extension nous sommes effectivement le seul point commun des (chaînes d’) images qui nous entourent, comment éprouver leur construction et les relations qu’elles entretiennent aux autres – passées, présentes et à venir – ainsi qu’aux espaces de représentation dans lesquelles elles s’insèrent ?

Des discussions avec les artistes qui ont entre autres animé l’exposition « 220 jours », au texte de Daney en passant par le film de Paradjanov, la construction d’un espace-temps particulier du regard a inspiré l’exposition « Les Feuilles ».

En invitant des artistes de différentes générations dont les oeuvres interrogent l’origine, la transmission et la circulation des images, des formes et des histoires qui leur sont liées par des opérations de cadrage, de montage et de collage, les commissaires ont souhaité mettre en perspective, en multipliant les points de fuite, différents types de construction du visible.

Par le choix d’une perspective, l’auteur d’une image révèle en quelque sorte sa vision du monde, la façon dont il envisage de le faire voir, et la place qu’il s’est lui-même attribuée par rapport à cet espace.

Répartie en deux espaces d’exposition parisiens – dans le Module 2 du Palais de Tokyo et à Super (« Les Feuilles », du 28 novembre au 20 décembre 2008, 49, rue de Maubeuge 75009 Paris), cette exposition articule des parcours et des points de vue dans lesquels les images, les objets, les sujets s’enchaînent les uns aux autres dans un déroulement discontinu pour finir par se raccorder dans notre imagination, éventuellement.

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