ART | EXPO

L’équilibre des contraires

15 Juin - 02 Sep 2012
Vernissage le 14 Juin 2012

Ludiques et foisonnantes, les installations de Vincent Ganivet et Séverine Hubard tiennent tout autant du labyrinthe que de l’usine à fluides. Artistes constructeurs, ils créent des espaces éphémères qui révèlent la fragilité de l’instant, à l’image d’un vaste chantier en suspens.

Vincent Ganivet, Séverine Hubard
L’équilibre des contraires

La collecte, le détournement, le recyclage sont aujourd’hui au cœur de la pratique de nombreux artistes contemporains. A travers l’utilisation d’objets naturels combinés avec des matériaux plus modernes ou des produits manufacturés, ils façonnent chacun à leur manière un univers hétérogène peuplé de formes hybrides et qui tend, contre toute attente, à l’énergie et à l’équilibre.

Plutôt qu’une forme achevée, l’oeuvre apparaît comme un processus qui relie le travail d’exposition aux procédures de l’atelier. Si chacun d’eux met en œuvre «sa» méthode, ils partagent un même mode d’investigation du monde, matériel et empirique, au service d’un nouvel ordre des choses. Leurs oeuvres empruntent des trajectoires aventureuses qui dérèglent systématiquement un vocabulaire, une syntaxe savante et se jouent des échelles et des espaces. Enfants d’une pensée sauvage, praticiens d’une science du concret, ils s’arrangent toujours avec les moyens du bord, une manière pour eux de préserver la complexité qualitative du monde plutôt que de produire des instruments d’explication ou de maîtrise. Leur usage élémentaire de la technique laisse ainsi place à l’improvisation et à l’ingéniosité du bricoleur. Artistes constructeurs, ils créent des espaces éphémères qui révèlent la fragilité de l’instant, à l’image d’un vaste chantier en suspens.

Vincent Ganivet

Avec obstination et acuité, Vincent Ganivet déploie depuis une décennie des stratégies pour détourner le quotidien. A partir d’un vocabulaire plastique élémentaire, sa politique globale est celle du contre-emploi: sous ses doigts les gravats deviennent matière à paysages, les dégâts des eaux s’exposent, la poussière forme des constellations, les feux d’artifices se tirent en plein jour et les arches de parpaing s’envolent. De son expérience des chantiers, l’artiste a pris le goût des matériaux simples et modestes: ses œuvres font converger l’univers BTP (ses éléments bruts, sa charge constructive), les jeux modulaires (assemblage, empilement, tension et mise en équilibre) et la recherche du dépassement.

Cette transcendance des contraintes physiques est particulièrement sensible dans la série des Caténaires, ces vertiges de parpaing qu’il développe avec une extrême concentration portée sur le geste. Pour faire tenir ces arches autoportantes, Vincent Ganivet reprend la formule de la chaînette, une équation traditionnelle utilisée par Gaudí, et il y allie des techniques de construction ancestrales (cintres, leviers et pierre sèche) sur le mode intuitif du bricoleur passionné par la mécanique des forces. Pour mieux pousser le système dans ses retranchements, l’artiste élève toujours plus haut ses trajectoires, les distord ou les précarise jusqu’à éprouver les limites: en 2011, à la Kunsthalle de Karlsruhe, une sculpture à cinq pieds et clef de voûte s’effondre pendant l’exposition.

Séverine Hubard
Assemblage, collage, et déplacement, la gestuelle artistique de Séverine Hubard trouve son origine dans l’acte de construire. En lien continu avec le contexte dans lequel elle intervient, l’artiste concrétise souvent ses interventions sous la forme de structures éphémères faites de matériaux de récupération. Chutes de planches issues d’un magasin de bricolage, fenêtres, ou encore portes d’immeuble vouées à la destruction, les matériaux choisis par l’artiste renvoient à la ville et à la matérialité de ses bâtiments, terrain de prédilection de cette bouillonnante chercheuse.

La chasse à la matière première à laquelle se livre l’artiste célèbre le plaisir de la trouvaille. Véritable substance de l’œuvre, ces matériaux ont valeur de trophées. L’objet trouvé, répété, accumulé devient un stock qui travaillé formera un paysage familier et inédit à la fois, dans lequel les gestes simples de l’artiste restent toujours lisibles.Se dégage de cette diversité plastique une énergie franche doublée d’une poésie directe: en frondeuse bricoleuse, Séverine Hubard s’ingénie à inventer un vocabulaire primitif qui exprimerait au mieux l’esprit des villes et des zones péri urbaines que l’artiste affectionne particulièrement.